L’opinion – mère nourricière des opportunistes – s’agite. L’appel à la guerre civile dÉric Zemmour, le laïcisme humiliant de Julien Odoul, la chasse aux sorcières de la fac de Cergy ou les fake news et autres préférences crasses du ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, angoissent les bonnes âmes. Tant et si bien que les tribunes d’indignés en papier mâché ressurgissent. Et avec elles, une espèce introduite.

T’es artiste, journaliste ou comédien « d’apparence musulmane ». Tu projettes de faire carrière dans ta discipline, t’as ainsi pris soin de mener ta barque sans faire de vagues, évitant les questions épineuses, même – et surtout – lorsqu’elles concernent ton pedigree, tes amis ou tes principes. Tu connais le vieil adage « Qui ne dit mot, consent » que tu relativises car il faut bien manger. Puis un jour, le vent tourne. Le cours de l’Histoire reprend le cap de la vérité. Les abus que tu as appris à ignorer se sont multipliés au point d’éclater aux yeux du monde. Tu ne peux plus rester muet car même tes proches les plus désintéressés s’étonnent de ton silence. Il devient difficile, voire indécent, de continuer à faire l’autruche. Cela devient gênant pour ton image. Bien que ta passivité intéressée a jadis nourri le monstre qui effraie aujourd’hui ton milieu, tu décides de manifester ton indignation en signant une tribune dénonçant ces injustices devenues trop visibles pour être contournées. Un geste qui, dans l’absolu, ne représente pas grand chose mais s’avère être un énorme acte de bravoure pour l’embusqué que tu as longtemps été… Dorénavant, tu te sens fier, à raison. Mais tu as peur, à tort.

Ainsi va la vie d’un saltimbanque basané avide d’hommages superficiels, comprenant sur le tard ce qui importe vraiment. Bienvenue chez les intègres mon ami, il était temps.