Sa carrière de joueur parle d’elle-même, inutile de s’y attarder – tout comme son statut de GOAT (Great Of All Time) que chacun peut vérifier simplement via YouTube et Wikipedia. Il ne sera donc pas question de performances sportives ici mais d’une dimension connue, et néanmoins sous-estimée, de sa majesté des airs : le business. La manière dont Jordan a géré et généré ses revenus pendant et après sa carrière de joueur témoigne d’une winning attitude qu’il appliqua à tous les plans.

Un fait récent l’illustre : en 2015, soit douze ans après sa troisième et dernière retraite, MJ est officiellement le premier sportif retraité à devenir… milliardaire. Oui milliardaire. Pendant qu’une multitude d’anciennes gloires NBA finissent en banqueroute (la faute à un train de vie luxueux et/ou des investissements douteux), Jordan lui atteint le millier de millions. Il est même parvenu – à l’heure de ces lignes soit quatre ans plus tard – à presque doubler sa fortune avec un patrimoine aujourd’hui estimé à 1,7 milliard de dollars.

Alors pourquoi ce joueur et pas un autre ? Être le meilleur aide à décrocher des contrats juteux certes, mais combien ont signé des partenariats ambitieux sans pour autant finir immensément riche ? Toutes disciplines confondues. Quid de Maradona ? Tyson ? Tiger Woods ? Ronaldo ? Aucun sportif de sa génération n’a atteint ce niveau de « très grosse fortune » dans lequel MJ trône actuellement. Et c’est là où le numéro 23 est (aussi) différent. Tout au long de sa carrière, l’homme d’affaires fut à la hauteur du joueur. En exploitant au maximum ses possibilités, il n’a laissé que très peu de chances au hasard. 

Choix du deal versus Choix du coeur

Le premier exemple est sans doute le plus parlant. Lorsqu’il débarque en NBA en 1984, MJ est un excellent espoir surveillé de très près. Les spécialistes s’extasient devant son talent sans se douter qu’il allait récrire l’histoire de la ligue. Durant l’été qui précède sa première saison parmi l’élite, le néo Bull se cherche un sponsor. Dans un marché alors dominé par Converse et Adidas, sa préférence penche vers la marque aux trois bandes qu’il chérit depuis l’enfance. Mais celle-ci – dans ce qui restera comme sa plus grande erreur – ne se montre pas disposée à répondre à ses attentes. Converse de son côté avance ses pions et lui offre un contrat conforme aux standards de l’époque pour un joueur de son calibre : 100 000 dollars annuels (le record est alors de 150 000), mais Jordan voit plus grand. Une jeune entreprise de l’Oregon va alors tenter sa chance, MJ n’est pas emballé mais la proposition est alléchante : 500 000 dollars annuels. Le jeune prodige hésite puis, dans un élan qu’il décrira plus tard comme loyal, retourne chez Adidas et lance : « Si vous vous alignez, je signe de suite » Adidas décline. La success-story de Nike commence.

La marque au swoosh croit en son poulain et lui conçoit des baskets hors-normes : rouges et noirs. Les Air Jordan 1 s’affranchissent des codes basket en vigueur mais aussi de la réglementation NBA. Une loi obligeait en effet (pour des raisons troubles « d’harmonie de l’image ») que les joueurs d’une même équipe portent des sneakers de la même couleur. Avec un modèle aussi singulier que la AJ1, il aurait fallu que toute l’équipe des Bulls portent des Air Jordan pour rester dans les clous. La ligue prévoit pour les contrevenants une amende de 5 000 dollars à chaque écart, mais Nike se moque des restrictions et en joue habilement avec une publicité épurée et terriblement efficace « Banned ».

Conscient d’avoir tiré le bon numéro, Nike s’engage à payer toutes les amendes infligées par la ligue à chaque match des Bulls. Et des matchs en NBA, il y en a un paquet : chaque équipe en joue 82 minimum par an (ce qui représente une facture totale de plus 400 000 dollars). Une stratégie osée dont Nike va rapidement tirer profit : les campagnes de pub « Be like Mike » sont un succès et les ventes de la AJ1 explosent au-delà des espérances…

Le challenge comme carburant

Pour toucher l’intégralité des 500 000 dollars promis par Nike, Jordan devait accomplir l’un des quatre objectifs suivants lors de sa première saison : être élu « Rookie of the Year » (débutant de l’année), ou marquer 20 points de moyenne, ou être appelé à jouer le All-Star Game, ou vendre pour 4 millions de dollars de baskets… À la fin de la dite saison, 1984-85, MJ est élu « Rookie of the Year », finit à 28 points de moyenne, participe au All-Star Game, et vend pour plus de 100 millions de dollars de baskets.

Il n’avait donc pas rempli une des conditions mais toutes les conditions en haussant encore un peu plus la barre. Des performances qu’il chercha aussitôt à traduire en dollars. Si MJ est un prédateur au sang froid sur les parquets, il se présente en parfait gentleman en dehors, loin des frasques de certains contemporains. Cette image policée encourage les multinationales à passer à la caisse sans rechigner : Gatorade, McDonalds, Hanes, Coca-Cola… tous se bousculent pour faire de la star des Bulls leur égérie sportive.

Maybe I destroyed the game

Aujourd’hui, trente ans plus tard, le bilan ne pourrait être meilleur : MJ est actionnaire majoritaire de la franchise des Charlotte Hornets (évaluée à 1,05 milliard) et propriétaire de sa marque éponyme : Jordan Brand. L’entreprise Nike est devenue multisports et brasse plusieurs millards de dollars en faisant la pluie et le beau temps dans le monde du basket : près de 72% des joueurs NBA actuels sont signés soit chez Nike soit chez Jordan Brand… Un empire rendu possible grâce aux Air Jordan. Preuve s’il en fallait que MJ était non seulement le G.O.A.T balle en main, mais également en dehors du parquet.

Bonus : grosse fortune, gros problèmes

On ne peut gagner à tous les coups. En 2006, quand Jordan se sépare de son épouse Juanita après 17 ans de vie commune, il lui verse… 168 millions de dollars. Une somme monstre faisant de son divorce l’un des plus chers de l’histoire. Là encore, un record.