Depuis janvier, Jean-Luc Mélenchon appelle joyeusement à un « dégagisme » à la française. Une rhétorique surprenante venant d’un homme de 65 ans qui a passé ses 40 dernières années (dont 20 au sein du ronflant Sénat) en quête de mandats. Le numéro fait pourtant son effet auprès de militants surexcités qui semblent ignorer l’existence de Wikipedia. Cette nouvelle incantation démagogique peut s’avérer dangereuse pour son auteur. Son parcours politique représente en effet tout ce vieux pouvoir qu’il appelle à combattre. On imagine donc ce qu’aurait dû être (dans un monde idéal) la réunion stratégique qui précéda cette nouvelle tartufferie…

JLM
« Bon les gars… Il faut qu’on incarne le renouveau. Qu’on mette un coup de balai à tout ça »

L’audience
« Ouais ! »

JLM
« Que tous ces politicards qui occupent l’espace public depuis trente ans laissent la place »

L’audience
« Ouais ! »

JLM
« Tous ces apparatchiks. VRP. Cumulards. Chasseurs de mandats… Basta ! »

L’audience
« Ouuuaaaiiis ! »

JLM
« Qu’ils dégagent ! Leurs politiques ont échoué. Place aux jeunes… »

L’audience
« Wouhou !!! Bravo !!! »

JLM
« On va s’inspirer du Printemps arabe et reprendre le dégagisme »

L’audience
« Génial on commence quand ? »

JLM 
« Aujourd’hui pardi ! La révolution n’attend pas »

L’audience
« Euh… ok »

JLM 
« Quoi ? »

L’audience
« On te dépose ou tu rentres par tes propres moyens ? »

JLM 
« … »

Si la révolution tunisienne dite du « Jasmin » est officiellement l’inspiratrice, il semblerait que celle de Mao de 1966 soit le véritable modèle. Du moins dans la perspective personnelle du commanditaire : un vieux dirigeant qui – pour conserver le pouvoir et écarter ses opposants – mobilise la jeunesse (et les adultes atteints de jeunisme) afin qu’on lui défriche le terrain. Alors qu’il est le premier concerné par son annonce… Du grand art.