Malgré la tempête, François Fillon poursuit son expédition en espérant s’éloigner peu à peu de l’œil du cyclone. Son clan pense qu’il est parvenu à traverser l’orage médiatique en sauvant les meubles (reste encore la foudre judiciaire). Pour affronter ces intempéries, la com’ a été repensée : « Le courage de la vérité » laisse place à « Une volonté pour la France ». Décryptage.

« Le courage de la vérité »

Cette première affiche avait pour objectif de casser l’image terne que la majorité des Français ont de Fillon : celle du rabat-joie. C’est même, avant que n’éclate le Penelope Gate, le premier adjectif qui venait à l’esprit pour le décrire. Pour contrer cela, le candidat LR avait misé sur un visuel frais, censé détendre l’atmosphère : look du dimanche, manches retroussées, grand sourire et micro en main. L’idée était d’arrondir les angles de son allure austère sans écorner le sérieux pour lequel il est apprécié. À en juger par les suffrages récoltés lors des primaires, on peut penser que le pari a fonctionné. D’autant que c’était loin d’être joué. Pour faire oublier le Droopy froid et calculateur, Fillon a mis de la couleur. Au point qu’on se demande si ce teint doré qu’il arbore est dû à une sieste sur un transat un jour d’ensoleillement dans la Sarthe ou l’œuvre d’un graphiste fan de contraste. Peut-être un peu des deux. Le résultat est en tout cas à la hauteur de la commande : susciter un sentiment de proximité et même de sympathie.

« Une volonté pour la France »

Virage complet. On sent qu’une eau agitée a coulé sous les ponts même si les deux affiches ne sont séparées que de quelques mois. Les ennuis judiciaires sont passés par là. L’homme est aujourd’hui attaqué sur son honnêteté, sa probité, alors la mine devient grave. Le sourire joyeux, devenu provoquant, fait place à une expression Jocondesque – regard profond, bouche pincée – avec une posture d’homme d’État, fiable et appliqué. La nation est placée au centre du message, ce qui permet de retirer le drapeau tricolore posté au second plan sur la première affiche : puisque la « France » apparait dans le slogan, celui-ci faisait doublon. Cela aurait fait ton sur ton, et un peu trop Marine Le Pen. Le camp Fillon a abandonné la commande initiale, devenue obsolète et même potentiellement dangereuse, pour revenir aux fondamentaux. Recentrer l’attention sur ce qui a toujours fait la force du candidat : sa gravité. On insémine aussi une notion de volontariat héroïque, FF proposerait son sacrifice pour redresser le pays. 

Ce tsunami prouve aux plus sceptiques que la base électorale de Fillon a de solides racines. Le choc fut rude (et aurait suffi à noyer nombre de ses concurrents) mais pas fatal. Même au fond de la cuve, le candidat LR dispose encore de 17% d’intentions de votes. Son plan consiste aujourd’hui à rassurer les fébriles et convaincre les patriotes… L’aventure est loin d’être finie.