Après Jean Le Maçon et Jean Le Martyr voici Jean La Magouille.

Beaucoup semblent l’oublier – à commencer par l’intéressé – mais Jean-Luc Mélenchon a passé plus de 30 ans au Parti socialiste (de 1976 à 2008). Ses attaques régulières envers Solférino laissent penser qu’il en est totalement étranger, or on ne passe pas autant de temps dans un mouvement sans raison valable. Ce tiers de siècle traversé avec la rose rouge sur le blason semble être tombé aux oubliettes. Dernière preuve en date : le moqueur « Il faut bien qu’il y ait un débat au PS » lancé par le leader des Insoumis à Macron et Hamon lors du premier débat. Remarque osée et pour le moins sournoise quand on oppose les deux petites années durant lesquelles Macron a participé à un gouvernement socialiste face aux trois décennies pleines de Mélenchon au sein du PS. Malgré cela, la tromperie fait son effet : rires de l’audience et adoubement du web qui relaie la séquence comme une « punchline » (terme incroyablement galvaudé). Votre nièce en CP vous le confirmera : 32 c’est beaucoup plus que 2. In fine, entre Macron et Mélenchon, le plus socialiste des deux, c’est sans conteste JLM.

L’insoumis médisant (mais partisan)

Depuis plusieurs années, le candidat de la France Insoumise rabâche à qui veut l’entendre que son départ du PS en 2008 serait du à une mésentente de fond, à un désaccord de principes, qui n’aurait rien à voir avec une bataille d’égos ou d’os à ronger… Une version sage qui va à l’encontre d’une confidence qu’il livre en 2009 à la sortie d’un plateau télé. Je vous laisse juger par vous-même, Mélenchon évoque ici des négociations (illégales) avec Hollande au sujet de résultats d’élections internes au parti datant de 1997. Une tambouille dans laquelle il se fait avoir et qui pourrait être la vraie raison de son départ et de son inimitié envers Hollande…

Malgré le score de « 85% contre 15% » négocié en catimini entre les deux hommes, Hollande annonce avoir gagné l’élection à hauteur de 91%. Laissant ainsi Mélenchon à moins de 10%, totalement discrédité au sein du parti. « Je ne lui pardonnerai jamais » dit JLM. Effectivement.

L’insoumis « nonchalant » 

Face aux démêlés des affaires Fillon (Penelope Gate, lobbying, costards…) Mélenchon n’est pas resté muet. Le candidat FI ne s’est pas gêné pour tirer à boulets rouges sur la moralisation de la vie politique, faisant table rase de son passé d’élu local cumulard et, paraît-il, nonchalant. À l’instar du « dégagisme » (terme inspiré du printemps arabe appelant à chasser les dirigeants accrochés au pouvoir) qu’il fait répéter à ses militants, il est le premier concerné : Mélenchon vit aux frais de la République depuis près de quarante ans. C’est un fait. Non seulement son parcours représente ce qu’il appelle à combattre, mais il n’est en plus pas exempt de toute suspicion selon Christian Schoettl, élu de l’Essonne, qui l’explique dans l’interview ci-dessous.

Le maire centriste conclue ainsi « Je pense qu’on a les élus qu’on mérite. Et qu’il y a un moment où, excusez-moi, mais si on réélit régulièrement monsieur Balkany (maire de Levallois moultes fois condamné) y a pas de raison que cette exemplarité qui est mauvaise ne se reproduise pas ».

L’insoumis millionnaire

Sans faire de mauvais esprit, on peut clairement affirmer que toutes ces années « au service de la République » ne l’ont pas appauvris. C’est le moins que l’on puisse dire en consultant la déclaration de patrimoine (obligatoire) demandée à tous les candidats à la présidentielle.

On note que Mélenchon est le troisième candidat le plus riche parmi les onze postulants. Le tout sans avoir eu besoin d’évoluer dans le secteur privé. Situation cocasse lorsqu’on se veut être le porte-voix des plus démunis et le garant d’une redistribution équitable de l’argent public.

L’insoumis belliqueux

Dernier exemple de passe-passe du candidat bougon : son prétendu pacifisme. Lors du débat, Mélenchon (grand ami de Dassault) s’est présenté comme le « candidat de la paix », celui qui refusera de se précipiter pour satisfaire ses alliés. Les moins distraits se souviennent pourtant de son lobbying en 2011 pour une guerre en Libye. Cette intervention désastreuse qui, depuis, a prouvé toute son illégitimité. Invité sur le plateau de Jean-Jacques Bourdin quelques jours avant le début des hostilités, le député européen refusait alors qu’on attribue tout le mérite au président Sarkozy et se félicitait de faire partie des parlementaires ayant voté, et donc permis, une intervention militaire. Un choix ni humaniste ni pertinent qu’il peine à assumer aujourd’hui.

Lors de ce débat sur TF1, dont il sortira grand vainqueur avec Marine Le Pen, on put remarquer de nombreux acquiescements de l’Insoumis, et même quelques sourires amicaux, au moment où la candidate FN s’exprimait. Une forme dérangeante à laquelle s’est ajoutée le fond : l’oreille attentive aura en effet retenu qu’en termes (en autres) de laïcité, d’économie, de retraites ou de politique internationale, les deux candidats partageaient plusieurs points d’accord. « Quand on veut tuer un chien, on dit qu’il a la rage » dit le proverbe. Bien qu’il se positionne comme un pacifique, rien n’assure qu’une fois au pouvoir, JLM ne décide pas d’engager des troupes pour venir en aide aux Kurdes en Irak, en Syrie ou en Turquie. Ce qui ne manquera pas de provoquer un nouveau bain de sang homologué « Action pour la paix » comme ce fut le cas en Libye.

Pour conclure, je citerai notre gringo à moustache qui, lors de la précédente présidentielle, décrivait ainsi l’engagement de Jean-Luc Mélenchon : « À l’aube de la retraite, Mélenchon s’engage vers l’extrême gauche comme d’autres s’achètent une grosse cylindrée, font la cour à une jeune collègue ou se font un tatouage. Il n’y a là que des raisons personnelles, propres à soi, totalement étrangères à l’intérêt commun… On se focalise sur le tribun, en ignorant le reste ».