Retour en trois actes sur l’abominable mépris avec lequel Philippe Poutou, candidat NPA à l’élection présidentielle, a été reçu dans l’émission « On n’est pas couché » hier sur France 2.

Acte I [ à partir d’1mn19 ] 

Nicolas Bedos, sourcils levés – menton de Bogdanov baissé : « Vous, vous êtes candidat ? »

(« Et toi t’es dramaturge c’est ça ? Ou juste un toxico dépressif dont la prose cynique et vulgaire aurait moisi dans l’ombre sans l’aide de ta filiation dorée ? » susurre Ramirez dans l’oreillette).

L’entrée en matière est violente pour le candidat du NPA – ce qui justifie la réaction de mon double féru de réciprocité – qui, à peine installé, comprend la teneur en dénigrement de l’échange qui l’attend. Alors qu’il n’y était pas forcément demandeur, Poutou est le candidat de son parti pour la deuxième fois consécutive après 2012, et cela semble déjà suffisant pour amuser ses interlocuteurs. Impassible et patient, malgré son débit de parole élevé, Poutou répond aux questions, même celles qu’on lui pose et repose inlassablement depuis cinq ans.

Acte II [ à partir de 4mn47 ] 

Vanessa Burggraf se marre comme une gamine pendant 3 longues minutes pour commencer

La journaliste est tellement facile, tellement relâchée, qu’elle ne parvient même pas à poser sa première question clairement. Elle s’y reprend plusieurs fois sur injonction de son boss jusqu’à tomber dans un fou rire puéril. En face Poutou, qui se plaignait juste avant d’un temps de parole fatalement trop juste pour développer une quelconque idée, reste de marbre. Tout ceci ne l’amuse pas, logique, mais tout le monde s’en moque, à commencer par celle qui l’interroge.

Acte III [ à partir de 4mn47 ] 

Yann Moix l’interrompt à plusieurs reprises dans l’unique but d’amuser la galerie

« Au t-shirt près » ; « Le problème des petits candidats, c’est qu’ils ne peuvent pas reprendre leur respiration » ; « J’ai raté un paradoxe moi… » venant d’un type qui complexifie à outrance.

Moix cherche d’abord le bon mot pour faire rire l’assistance avant d’éclaircir les propos de son invité. Le problème de Poutou est qu’il parle vite, beaucoup trop vite pour que le cerveau d’en face imprègne. C’est scientifiquement prouvé : plus on parle lentement plus on capte l’attention. Poutou débite comme un animateur radio qui envoie la pub car il n’a que très peu de temps. On le laisse ainsi entrer dans un long tunnel qui finit, évidemment, par le desservir.

Qu’on apprécie ou non les idées du NPA, il est juste irrespectueux d’agir avec autant de légèreté avec un candidat à la plus haute fonction. De surcroît quand il est aussi abordable et volontaire pour se répéter. Rien n’excuse un tel comportement. Cette séquence témoigne bien du fossé abyssal qu’il existe entre l’élite médiatique et le peuple car, soyez en sûrs madame Burggraf et monsieur Moix, cet homme est bien plus à l’image du Français moyen que vous.

Finalement, le plus pertinent reste le présentateur lui-même, Laurent Ruquier (définitivement meilleur intervieweur qu’humoriste) qui demande au candidat ce que tout le monde se demande « Pourquoi ne pas se rallier à Mélenchon, sachant que vous n’avez aucune chance de remporter l’élection ? » Le candidat NPA pointe alors le paradoxe de ce qu’il incarne « Nous ne croyons pas aux élections mais aux luttes sociales ». Cette simple déclaration aurait suffit pour débattre de manière constructive, et éviter ce remake scandaleux du « Diner de cons ».

Le passage de Philippe Poutou dans son intégralité

NDA : L’oeil du BAT ne supporte évidemment AUCUNE crémerie spécifique ni aucun dogme politique. Mais il existe quelques (trop) rares candidats qui, au delà de leurs positionnements personnels et de leur parti, méritent le respect. Et Philippe Poutou en fait incontestablement partie. Il n’y a rien de plus difficile que de vouloir échanger sérieusement avec des gens aussi hilares et condescendants, tout en parvenant à rester calme. Juste pour cela, bravo monsieur.