Le dernier débat de cette primaire mitoyenne aurait « tenu toutes ses promesses » pour les uns et serait resté « inutile » pour les autres tant les chances des deux d’accéder au second tour de la présidentielle sont minimes. Il n’en reste pas moins que ce face-à-face entre les deux vainqueurs du premier tour était très attendu, notamment par ceux qui opposent (à raison) les visions sociétales de chacun, en les différenciant (à tort) sur le thème de la laïcité. Ce sujet, clivant et archi-sensible, cristallise fatalement l’opinion public au détriment des faits. Les propos de Benoit Hamon sur le voile ont ainsi été très commentés sur les réseaux sociaux : il aurait fait preuve de « courage » face à Manuel Valls… Analysons les passages en question.

Disons-le sans faire la fine bouche, Hamon a fait le job mais s’est défilé plus qu’autre chose. Il a rappelé l’idée originelle de la laïcité (avec les mots de François Hollande) telle qu’elle a été gravée dans le marbre par ses concepteurs, sans empêcher Valls de dérouler ses habituelles inepties, lui octroyant même l’indécence de se poser en protecteur des musulmans. Face à un personnage aussi sectaire que MV, le service minimum ne suffit pas. D’autant qu’avant le débat, le camp de l’ex-Premier ministre avait abondamment taxé Hamon « d’islamo-gauchiste » le suspectant d’accointances avec l’islamisme radical. On s’attendait donc qu’Hamon se saisisse du bâton pour clarifier sa position et confronter la vision biaisée de son interlocuteur en l’interrogeant sur les éléments qui l’autorisent à de telles spéculations… Plouf.

Séquence 1« Et il en existe…(des femmes qui se voilent librement) » [à partir de 2mn30]

LA question (légitimement centrale mais anormalement obsessionnelle) autour du voile est celle du consentement. Ces femmes portent-elles ce bout de tissu par obligation ou par conviction ? Pour celui qui dispose d’exemples autour de lui, la question peut être vite réglée. Pour les autres en revanche, cela s’apparente à un thriller nourri par les seuls ragots offerts à leurs interrogations. En abordant la question par celles qui seraient forcées de le porter, puis en enchainant par un « Et il en existe » pour évoquer celles qui le portent librement, Hamon vient déverser son petit seau d’eau tiède au moulin des préjugés. En inversant ainsi les proportions, il cautionne l’insanité qui suggère que la majorité serait contrainte de se voiler. Ce qui est d’une fausseté et d’une dangerosité affligeantes car c’est tout bonnement l’inverse. L’écrasante masse des Françaises voilées (pour ne pas dire la totalité, j’attends toujours la preuve du contraire, n’est-ce pas Zineb ?) le sont par choix. Pas pour Hamon visiblement.

Séquence 2« Je parle des néo-conservateurs de droite (pas de Valls) » [à partir de 3mn05]

Voici concrètement le moment où il se défile. C’est le débat de la primaire de la « gauche », son interlocuteur s’appelle Manuel Valls, celui-ci l’attaque ouvertement depuis des semaines sur les mêmes angles que ces « néo-conservateurs de droite » en insinuant malicieusement les mêmes idées, mais Hamon refuse l’affrontement et préfère inviter dans la discussion les éternels épouvantails frontistes du Parti socialiste « Florian Phillipot, Marine Le Pen… » Une belle leçon de cha-cha-cha made in Solférino. Malgré les relances des journalistes, Hamon persiste à botter en touche. C’est Valls qui l’interpelle pour rappeler leurs désaccords et en remet une couche en citant ses références douteuses (l’intolérante Badinter ou la très fumeuse Fourest dont la probité a maintes fois été remise en cause), mais Hamon ne rebondit toujours pas. Pire encore, il termine par un joli hara-kiri en rappelant à Valls, comme pour acquiescer ce qui vient d’être dit, qu’il a été son ministre de l’Éducation nationale… Stop. N’en jetez plus.

Les citoyens de confession musulmane sont aujourd’hui réduits à s’extasier devant un homme qui ne parvient même pas à les défendre correctement. Rappeler des évidences, c’est bien (et même salutaire dans le cas présent) mais y inclure les préjugés qu’on est justement censé combattre, c’est mal. Et même désespérant pour ceux qu’on défend. In fine, Benoit Hamon (dont le parcours d’apparatchik socialiste fait très fortement penser à un mini Hollande qui n’aurait pas attendu 2011 pour se lancer) n’est pas « si mauvais que ça », oui effectivement. Il est en revanche loin d’être fiable et suffisamment à la hauteur des espoirs qu’il suscite.