Coup de tonnerre ! Ce jeudi 1er décembre à 20h, le président Hollande s’est exprimé en direct de l’Élysée pour annoncer qu’il ne se représentera pas en 2017. C’est la première fois dans l’histoire de la Ve république qu’un président sortant renonce à briguer un second mandat.

Son allocution en dit long : sa voix déraille plus qu’à son habitude, son corps tremblote dans une veste trop grande, son regard humide ferait passer un cocker battu pour un animal joyeux ; après une présentation très positive de son bilan, Hollande lâche la bombe : il renonce aux élections de mai prochain. À ce moment là, le président ressemble à l’un de ces otages contraint de lire le communiqué de ses ravisseurs, il déteste ce qu’il dit mais semble obligé de le faire. Impression cruelle mais légitime car cette annonce n’est pas seulement le fruit de son incroyable impopularité – et de l’énorme cacophonie ambitieuse qui règne partout à gauche – elle est aussi (et surtout) la conséquence d’un bras de fer perdu en interne. Le ravisseur du président, en l’occurence, c’est son Premier ministre, Manuel Valls, qui œuvre insidieusement depuis plusieurs mois pour le convaincre de jeter l’éponge. Le score de ce soir est donc sans appel : Hollande 0 – Valls 1. La France, elle, patiente nerveusement en tribune dans le froid au côté de supporters néo-nazi, attendant la fin du tournoi pour remettre le trophée au vainqueur.

Lors de sa victoire en 2012, j’avais pressenti son potentiel pour devenir le pire président de l’histoire de cette république. Sans exagération aucune, il semblerait qu’il y soit arrivé. Après un quinquennat bâclé, cette sortie théâtrale tend à lui attribuer de la « hauteur » ou mieux encore de la « dignité ». Pourtant, cet abandon n’est plus ni moins qu’un aveu de faiblesse doublé d’un esprit partisan. Un retrait personnel au profit d’une ambition tribale. Hollande a en effet failli à la plus haute fonction mais ne veut pas tirer un trait sur ce qu’il craint, à raison, d’avoir perdu : le soutien de son camp. Le président de gauche qui a mené une politique de droite ne se préoccupe plus du présent, il pense à la postérité. La déchéance de nationalité, qu’il dit aujourd’hui « regretté », le 49.3, ses mesures libérales ou sa politique sécuritaire droitière, ont écoeuré jusqu’à ses plus fervents supporters. En partant ainsi, Hollande veut préserver le paquebot national d’un probable sabotage, éviter l’humiliation d’une défaite certaine aux primaires de son parti et restaurer une image d’homme de gauche qui s’est effritée dès sa prise de pouvoir. Dans l’incapacité de se racheter, il pense fatalement qu’il n’avait d’autre choix.

La primaire du Parti socialiste a démarré aujourd’hui avec l’ouverture des inscriptions des candidatures, et s’annonce d’ores et déjà très animée. De nombreux ministres sont candidats, à commencer par le Premier d’entre eux, Manuel Valls, grand vainqueur de ce revirement inédit.