Le Conseil d’État a tranché : l’arrêté « anti-burkini » est illégal. Avec cette affaire, le pays semblait avoir sombré dans la folie. En vigueur dans une trentaine de communes, l’arrêté a donc été suspendu par la plus haute juridiction administrative du pays. Fin du game ? Jamais. Comme à chaque polémique, les opportunistes ont sorti leur plus belle veste à double faces.

Burki-ni ni

Tels des partisans du « ni ni » pendant une triangulaire électorale, beaucoup ont refusé de prendre partie, préférant botter en touche sur cette question relevant des libertés fondamentales de l’individu. À ceux-là, rappelons la citation de Desmond Tutu : « Si tu es neutre en situation d’injustice, alors tu as choisi le camp de l’oppresseur ». L’Histoire, bien aidé par l’omniscience du web, retiendra l’absence de courage de ces républicains prétendument humanistes. Leurs positions resteront gravées dans le marbre numérique de la Toile et témoigneront de leur numéro d’équilibriste le moment venu, comme Jean-Luc Mélenchon qui, dans un article du Monde paru le 24 août, condamnait ces « militantes provocatrices en burkini ». Après sa sortie sur les migrants en mai dernier (le candidat FDG avait déclaré qu’il aurait été « moins accueillant que Merkel ») cet épisode du « burkini » en dit long sur son acabit. À trop vouloir rapatrier son électorat exilé chez Marine, JLM ne sait plus sur quel pied danser.

Nadine Burqa-No

Ce feuilleton aura eu le mérite de mettre en lumière la droitisation des esprits et l’évolution de l’opinion (à la fois publique et politique). Il faut, à ce titre, rendre hommage à la femme la plus influente de France (après MLP) : Nadine Morano. Sans ironie malheureusement. Celle qui avait provoqué un tollé, à juste titre, en photographiant de dos une maman voilée à la plage, a bu du petit lait en voyant tous ces confrères de tous bords rejoindre sa position. L’idée d’un débat sur la tenue vestimentaire des Français qui décident de faire trempette avait autrefois davantage offusquée qu’intéressée. La tendance s’est aujourd’hui inversée.

Nadine Morano est peut-être (certainement) un peu sotte et facho sur les bords (et à l’intérieur) mais elle est déjà plus respectable qu’une grande partie de la classe politique car elle est sincère. Si l’essentiel de ses homologues l’étaient autant, ils auraient pris en compte ses questionnements, dans lesquels il se retrouvent aujourd’hui, plutôt que de s’en servir comme marchepied en la ridiculisant à chacune de ses interventions. Certes, il est clairement plus difficile de se concentrer que de sourire à l’écoute de ses propositions, mais si ces politiques avaient assumé leurs obsessions, ils nous auraient fait gagner deux ans… C’est déjà ça.

Voile-Debat_Morano_Valls_Loeil_du_Bat