Insaisissable dans la vie comme dans les sondages, Donald Trump ne bénéficiait pas jusque là d’une grande crédibilité quant à une victoire finale. Le vent a dorénavant tourné. Sa candidature aura tour à tour fait rire, jaser, puis transpirer.

Last step : check

Il y a un an, personne n’y croyait et pourtant : ce jeudi 21 juillet à Cleveland, Donald Trump est officiellement investi par le parti républicain pour les présidentielles de novembre prochain. Pendant qu’en France, on pleure nos morts tout en trouvant le moyen de critiquer la Turquie – également endeuillée par plusieurs attentats dont un putsch militaire qui aurait pu plonger le pays dans un scénario égyptien, voire syrien – par la voix d’un ministre tout juste assez imposant pour diriger un club de bridge. Tout ceci se rejoint et forme un vilain air de déjà vu : Marianne est en effet coutumière de ces envolées « menton levé, poutre dans l’œil », tout comme l’Oncle Sam nous a habitué à produire des présidents plus grotesques que greatness.

Avec cette dernière étape, Trump, lui, a une nouvelle fois surpris et confirmé son grandissant potentiel présidentiel. Il manquait au magnat de l’immobilier l’investiture du parti conservateur. Cette dernière marche que beaucoup jugeaient infranchissable pour être « On the top » comme le meuglent ses supporters. Done. Donald Trump sera bien le candidat du GOP (Grand Old Party, surnom du parti républicain) pour tenter de devenir le 45ème président des États-Unis. Un chapitre de la politique mondiale de la prochaine décennie est peut-être en train de se jouer.

Le candidat du changement, c’est lui, pas Hillary

Le changement (bon ou mauvais) ne viendra pas d’une candidate présente dans le panorama politique américain depuis plus de trente ans. De surcroît que l’on dit froide et déconnectée. Un américain sur deux avoue, dans différents sondages, ne pas avoir confiance en Hillary Clinton. Diabolisée par le camp républicain, elle n’est pas non plus vraiment appréciée dans son propre camp. Hillary est un personnage ambigu : tantôt démocrate pour les droits et les libertés individuelles, tantôt républicain quand elle oeuvre pour un interventionnisme brutal digne des pires faucons du pays. Passer après le charismatique Obama n’aurait été aisé pour personne, mais l’épouse de Bill traine en plus une lourde ardoise.

Hillary a longtemps mis ses ambitions personnelles au second plan au profit de son mari. Tout en satisfaisant son addiction au pouvoir. Son parcours en dit long : First Lady de 1993 à 2001 puis Sénatrice de 2001 à 2008 et enfin Secrétaire d’État de 2009 à 2013 sous le double mandats d’Obama (après avoir échoué face à ce dernier aux primaires du parti). Cela fait donc près de vingt ans qu’elle occupe un rôle clef dans la gouvernance de son pays, et la voilà de nouveau candidate pour une prolongation-promotion de quatre à huit ans. Un joli CV de chaises musicales pour graviter autour de la Maison Blanche qui arracherait presque un rictus de respect à Vladimir Poutine. Il est donc évident qu’aux yeux des Américains de plus en plus préoccupés par la crise économique, Hillary Clinton ne peut parait innovante, et même sincère, face à un prétendu self-made-man comme Trump qui n’a qu’un seul mot à la bouche : money.

Make_Dumb_Again_Trump_Loeil_du_Bat

Make America dumb again

De quoi s’agit-il ? D’un burger complet : Businessman-Millionnaire-Sauce américaine. La force de Trump, c’est celle du candidat dit hors système. Son principal crédit tient dans le fait que c’est un homme riche (détail crucial que l’on peut considérer comme « le sang bleu » d’outre-Atlantique) qui pense pouvoir appliquer les recettes de son succès personnel à son pays. Ça sonne creux mais ça marche. La politique étrangère du candidat à la moumoute peroxydée tient en deux mots : America first. Même si les US n’ont jamais été réputé pour leur sens du consensus, Trump va ôter le peu d’humanisme protocolaire qui différenciait encore un cabinet diplomatique d’un CA d’une multinationale. Les rapports de force économiques vont devenir les seuls vecteurs respectables (bonjour la guerre froide monétaire avec le bloc indo-chinois). L’isolationnisme qu’il chérit et promet d’appliquer s’il accède au pouvoir ne concernera certainement pas les contrats d’affaires, au contraire, cela pourrait s’apparenter à une menace.

Notre presse nationale l’a abondamment relayé : Trump considère notre pays « infesté de terroristes » car nous serions « laxistes » et « faibles ». Vous avez compris le message ? La France va devoir choisir son camp. C’est le retour du manichéen W.Bush avec encore moins de profondeur politique et encore plus d’opportunisme éhonté (si si c’est possible). Trump peut élever le cynisme américain à des hauteurs encore jamais atteintes, sans pour autant parvenir au point de rupture. Car, contrairement à ce que l’on répète, l’homme n’est pas idiot. Il est juste inculte, et presque fier de l’être. Le dollar prédomine dans sa grille de jugement et le pouvoir est aujourd’hui la seule chose qui l’anime. Son salut politique passera par des résultats économiques, il le sait et ça tombe bien : c’est la seule chose qu’il sait (plus ou moins) faire.

Le distrayant, mais néanmoins cultivé, Obama risque de nous manquer. Car à défaut de l’avoir réduit, l’ex-sénateur de Chicago était parvenu à contenir l’impact néfaste de son pays sur la scène internationale. Les Américains accusent toujours un retard kafkaïen sur l’excellence diplomatique qu’ils revendiquent depuis plus d’un demi-siècle, mais ils ne sont pas encore la caricature immonde qu’ils pourraient devenir sous la coupe de Trump. L’air de rien, ce dernier pourrait davantage marquer l’histoire que son prédécesseur Nobelisé en un clin d’œil. Les US font courir le monde. Après le basketteur, voici l’imposteur. Atrump-moi si tu peux !