C’est fait. Kobe a confirmé sa retraite au terme de l’actuelle saison. Les rumeurs évoquaient une probable prolongation mais il a dit stop. Il tirera donc sa révérence après 20 saisons toutes passées sous les couleurs des Lakers. Focus sur la carrière du Black Mamba.

Kobe Bryant, c’est d’abord l’histoire d’un gamin dont la précocité affole les observateurs. Fils d’un joueur américain évoluant en Europe, il prend ses premiers shoots en Italie avant de rentrer aux Etats-Unis durant son adolescence. Il intègre alors le Lower Merion High School, un lycée de sa ville natale de Philadelphie, ce qui demeura au finale sa seule formation américaine avant d’atterrir en NBA. Le jeune Kobe est pressé et n’a pas prévu de passer par l’université. Il se présente à la draft (système américain de sélection des espoirs) dès sa dernière année de lycée. Il n’a pas encore 18 ans.

Lors de l’excellente draft de 1996 (l’une des meilleures avec celle de 1984) il est sélectionné en 13ème position par les Charlotte Hornets. La franchise de Caroline du Nord ne correspond pas au Big market dont rêve le jeune Kobe. Pour intégrer une franchise à la hauteur de son talent, Kobe se tourne alors vers Jerry West, ex-superstar des Lakers et General Manager de la franchise pourpre et or. L’ancienne gloire des Lakers teste le jeune homme et ne tarde pas à monte un transfert audacieux dans la foulée en proposant le respecté Vlade Divac comme monnaie d’échange. Charlotte saute sur l’occasion. Kobe signe aux Lakers.

Fin des années 1990 début 2000, la mode est aux underclassmen – ces jeunes qui intègrent le circuit professionnel sans avoir coché la case universitaire – certains vont justifier l’intérêt d’une telle pratique (Kobe, Garnett, McGrady, Lebron James…) en montrant un talent et un professionnalisme à la hauteur des enjeux. D’autres (Kwame Brown, Darko Milicic, Darius Miles…) vont au contraire se planter et rappeler l’importance de la formation NCAA. Ces trajectoires brisées de jeunes signés trop tôt incitera la ligue à imposer l’âge minimum de 19 ans pour se présenter à la draft.

« Si vous me voyez me battre avec un ours, priez pour l’ours. »

C’est la maxime préférée de Kobe. Il l’a répétée à de nombreuses reprises pour décrire son abnégation. L’homme est un vrai bosseur. Un acharné de l’entrainement qui arrivait le premier et repartait le dernier. Cette hygiène de vie stricte va de paire avec un caractère exécrable. Égoïste. Solitaire. Hautain. Kobe a généré un nombre incalculable de haters, d’opposants, durant sa carrière. Souvent au sein même de son propre vestiaire. Ses bisbilles avec le jovial Shaquille O’neal ont donné du grain à moudre à ses détracteurs. Nul doute que si Kobe n’avait pas accompli autant d’exploits, les spécialistes l’auraient envoyé aux oubliettes avec joie, tant il est orgueilleux.

Lors de sa première partie de carrière (1996 à 2004) son association avec Shaq est dévastatrice. Lieutenant de luxe, il remporte trois titres consécutifs de champion NBA en jouant les second couteaux. Un duo qui aurait pu poursuivre sa domination si les égos des uns et des autres n’avaient pas provoqué l’éclatement du groupe. En 2004, la débâcle en finale face aux Detroit Pistons signe la fin d’une ère. Shaq s’en va et Kobe se retrouve seul aux manettes comme il le souhaitait. Il en profite pour signer des perfomances d’un autre temps (35 pts/match en 2006 ou 81 pts lors d’un seul match) et doit attendre le renfort de Pau Gasol en 2008 pour gagner deux nouveaux titres NBA consécutifs, mais cette fois-ci en étant cette fois le leader incontesté.

« Aimez moi ou détestez moi, c’est l’un ou l’autre.
Détestez mon jeu, ma démarche, mon caractère. Détestez que je sois un vétéran, que je sois un champion. Détestez cela de tout votre coeur.
Détestez le fait que je m’aime pour exactement les mêmes raisons. »

En 2006 après ses déboires judiciaires (accusé de viol avant d’être relaxé) Kobe énumérait dans une pub Nike les raisons pour lesquelles il était à la fois aimé et détesté. Ses haters – dont j’ai un temps fait partie – lui reprochaient son énorme volume de tirs et son obsession à vouloir se comparer à Michael Jordan.

Kobe cherchait à se réincarner en Jordan à une époque où celui-ci était en fin de carrière. Et c’est ce qui le rendait agaçant. Son ambition était quelque part légitime. Il a un physique, une agilité, un mental similaires à ceux de MJ. Il parvient à le mimer intelligemment, sans tomber dans la singerie comme d’autres. Et comme lui, il n’hésite pas à prendre ses responsabilités en fin de match en étant clutch (décisif), tout en s’arrachant en attaque ET en défense. Sur ces points, on doit reconnaitre qu’il a réussi. Il restera sans conteste la meilleure copie de Jordan qu’on ait jamais vu. Rien que pour ça, il mérite des louanges. Dire « Kobe n’a rien inventé, il s’est juste contenté de copier MJ » est d’abord faux car il a développé une patte singulière mais revient surtout à dire « Ce peintre est nul, il arrive juste à copier Leonard De Vinci ». S’inviter dans le débat des meilleurs all time est en soit une victoire.

Compilation de moves Jordanesque parfaitement copiés par Kobe

Comme MJ avant lui, Kobe est arrivé dans la ligue dans un timing parfait. Juste avant le couché de soleil. Au crépuscule d’un nouveau cycle. Pour profiter du spectacle et se positionner pour le lendemain. Jordan déboule en 1984 dans une ligue dominée par la rivalité Celtics-Lakers. Il prend le pouvoir sept ans plus tard, au moment où les deux supertars (Bird et Magic) s’approchent de la retraite. Lorsque Kobe débarque en NBA en 1996, tous les regards sont braqués sur le retour de MJ et la réalisation d’un nouveau threepeat. Kobe remporte son premier titre en 2000, soit quatre ans seulement après son arrivée, mais surtout au moment où Jordan entame une descente tardive vers Washington DC. Le talent c’est aussi du timing, volontaire ou non.

En annonçant qu’il s’agissait de sa dernière année, Kobe vit actuellement une saison jubilé. Dans tous les stades de la ligue des hommages lui sont rendus. Il s’arrêtera à la fin de la saison NBA et on raconte qu’il a ensuite prévu de rejoindre Team USA pour participer aux J.O 2016. Histoire d’avoir un titre olympique de plus que Jordan qui en compte deux (1984, 1992). Peut-être un moindre mal car Kobe ne s’en est jamais caché : il avait pour objectif de décrocher plus de titres NBA que Jordan. Il en décrochera cinq. Un de moins que His Airness.

Pour conclure une anecdote, son prénom vient du fait que ses parents appréciaient le légendaire bœuf de Kobe au Japon… C’est comme si ton pote appelait son fils « Chicken Chica » en hommage à son sandwich préféré.

Palmarès

20 saisons : 1996-2016 (Los Angeles Lakers)

Vainqueur du Slam Dunk Contest : 1997

Cinq fois champion NBA : 2000,2001,2002, 2009, 2010

MVP de la saison (Meilleur joueur de la ligue) : 2008

Deux fois MVP des finales : 2009, 2010

Deux fois champion olympique : 2008, 2012

Onze fois dans la All NBA First Team (équipe type)