Rebelote. Après son dessin sur le petit Aylan, Riss surenchère dans l’obscénité en affirmant vouloir dénoncer la récupération politique de Nadine Morano lors de son passage dans ONPC. Pour cela, il la caricature sous les traits d’Anne de Gaulle (RIP) la fille trisomique du Général…

Aylan-Morano

Faisons simple. Objectivement, je ne pense pas que Riss soit plus raciste ou islamophobe que la moyenne de ses confrères. Il est, en revanche, loin d’être à la hauteur de sa mission de caricaturiste élevée au niveau panthéonesque depuis les attentats de Janvier. Ceux-ci, au lieu de l’encourager à produire des oeuvres hautement subversives et finement pensées, l’ont installé dans une forme d’impunité lui autorisant une ambiguïté digne de ses confrères allemands de l’entre-deux-guerres. Ces derniers, sans être forcément des propagandistes mandatés par le pouvoir, surfaient volontiers sur la vague populiste et antisémite de l’époque pour vendre leur torchon et répandre leurs idées nauséabondes. Mise à jour, le même logiciel est aujourd’hui appliqué à Charlie Hebdo. La hype étant à la fois à l’antiracisme et à l’islamophobie, Riss (devenu récemment directeur de publication) s’exécute volontiers en naviguant d’un pôle à l’autre en quête de scandales outranciers, composantes essentielles de son canard porcin. Peu importe que l’oeuvre soit pertinente, tant qu’elle choque les musulmans ou les « réact«  de droite, tout va bien. L’esprit « Je suis Charlot » dans toute sa splendeur.

Quand Morano utilise le terme de « race blanche » sur le plateau de ONPC (comme si elle était devant cinq militants dans un local du parti à Sedan) elle commet une énorme faute politique. Pas forcément de jugement. Même pour le franco-marocain-basané que je suis, ses propos n’ont rien de choquant. Au delà de la légitimité scientifique ou non du mot « race », il est évident que la France est un pays historiquement peuplé de gens à la peau blanche. Rien de dramatique à le reconnaitre. Ce qui est dramatique, c’est d’isoler cette constatation comme si elle était immuable ou intemporelle. En réalité, le monde ne cesse d’évoluer. À partir du XXème siècle, la France métropolitaine a accueilli, au rythme de ses différentes guerres, de nombreuses populations étrangères. Il est donc logique qu’au XXIème, cela se ressent dans la démographie. Pour exemple, le continent nord américain fut pendant des millénaires peuplé par des gens appelés « peau rouge » avant que les Européens n’y débarquent en masse jusqu’à s’accaparer le profil type de l’américain moyen d’aujourd’hui : Blanc de type caucasien. Nadine aurait donc des raisons de s’en faire, mais ça… « C’est l’jeu ma pôv’ Lucette »

Comme pour le successeur de Charb, je ne pense pas que Morano soit plus raciste ou suprémaciste que la moyenne de ses confrères. Pour autant (et au delà de leur insolite ressemblance physique qui pourrait indiquer un lien familial) les deux se rejoignent sur le même point : une dérangeante médiocrité professionnelle. Riss vs Morano ? Même combat.

Riss-Morano

Pour conclure, j’ajouterai qu’à titre personnel ces deux dernières caricatures de Riss m’ont plus choqué que l’ensemble des caricatures de la même crémerie portant sur un personnage appelé « Mahomet ». Pourquoi ? Parce qu’elles sont clairement reconnaissables, affreusement précises. Contrairement à celles sur le prophète de l’islam qui sont si grotesques qu’elles ne peuvent susciter aucune vexation réelle. Rappelons que l’appellation « Mahomet » est une invention occidentale dont l’usage est très français et qui n’a jamais fait écho chez le musulman qui le nomme par son vrai nom : Mohamed. Sans parler des traits sous lesquelles Chalie Hebdo l’a dépeint (sanguinaire, misogyne…) si éloignés de la réalité historique que cela en est juste ridicule. Quiconque étudie sa biographie pourra le confirmer. A contrario, pour Aylan et Anne de Gaulle, le scalpel est de sortie. Le charge est plus cruelle car les éléments sont fidèlement reconstruits. Les noms et les positions sont les mêmes que sur les clichés historiques : Aylan face contre terre, et Anne la « trisomique » dans les bras de son père. Les symboles et leurs codes sont parfaitement repris. Ce qui rend l’attaque plus douloureuse.

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