Il y a six ans presque jour pour jour, une expérience me servit de gouvernail dans ma carrière professionnelle. Un programme audiovisuel écologique appelé : « Les Report terre » décliné en douze émissions de 52 mn diffusées sur France 5 pendant deux saisons. J’ai participé à la première en tant que reporter, puis à la seconde au sein de la rédaction. Plus qu’une formidable expérience humaine, cette aventure fut pour moi l’occasion d’une initiation à l’exercice journalistique. Grâce à un cadre idéal d’où émanait une réelle ambiance pédagogique, je me suis formé pendant plusieurs mois avant de prendre la route avec un parfait inconnu. Certains évoquent leurs souvenirs à l’ESJ, moi j’évoque les Report terre. J’en garde un wagon entier d’anecdotes et de scènes mémorables, dont une qui influença considérablement ma destinée, celle d’un bon mot qui s’avéra décisif. À mon retour du périple, un monteur avec qui j’avais sympathisé m’interpelle. Devant ma mine nostalgique et pour le moins hésitante quant au futur, il me rappelle combien cette aventure est précieuse et devrait naturellement me convaincre « T’es parti pendant 33 jours sur les routes européennes pour livrer 10 sujets qui ont tous été diffusés à l’antenne, en assurant en plus un duplex à chaque fois, t’es journaliste mec aucun doute. » Cette remarque bienveillante fut un déclic, il disait vrai. J’étais capable de réitérer ce que j’avais parfaitement assimilé. Mon manque de formation académique n’était qu’un obstacle dans mon esprit. L’amical collègue accompagna, de surcroît, le geste à la parole en me filant deux, trois contacts pour me mettre le pied à l’étrier, sans avoir eu besoin de lui demander. La démarche m’avait surpris et avait fini de me persuader de son sérieux, et par ricochet de mon potentiel… Je cumule depuis les missions en concurrençant, avec gourmandise, le journaliste fraîchement diplômé de son école à 8 000 balles l’année. Pour un compétiteur comme moi, je l’avoue, cette sensation n’a pas de prix.