Quand je pense à Charles Darwin (et au darwinisme), une citation d’Abraham Lincoln me vient à l’esprit : « Faut-il fusiller le bougre qui déserte et ne pas toucher un cheveu du propagandiste qui l’encourage à déserter ? » Le véritable responsable n’est pas toujours mis en cause.

On ne présente plus Charles Darwin, naturaliste anglais du XIXème, auteur de « L’origine des espèces par sélection naturelle » sous-titré « ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie » et père de la théorie du même nom. Bien qu’au moment de l’écrire, Darwin lui-même n’était pas convaincu de la véracité de sa théorie – scepticisme personnel, pression de l’Église – il est aujourd’hui le principal symbole des opposants au créationnisme (idée selon laquelle il y eut « création »). Le plus navrant dans son hypothèse reste la place dominante octroyée au racisme. Transformant son ouvrage en terreau d’idées suprémacistes. Quand on l’analyse de près, il n’est pas surprenant qu’elle soit l’oeuvre d’un occidental de l’époque coloniale. Lorsque Darwin affirme que le singe est un ancêtre cousin sous-évolué, on saisit ce que sa peau blanche signifie pour lui : l’état avancé, suprême de l’espèce humaine ; sous-entendant que l’Homme basané traine avec lui une hérédité sauvage visible tant physiquement que mentalement, malgré le métissage que l’Homme blanc a bien voulu lui concéder. L’Homme blanc représenterait donc l’Homme abouti. L’Homme brun, l’espèce inachevée.

Comme on le constate dans sa biographie, Darwin fut inspiré par des observations lors de son périple. Lorsqu’il débarque en Australie, il croise des Aborigènes – ethnie décimée qui vit toujours sur l’île depuis près de 40 000 ans – et les juge primitifs. De par leur accoutrement et leur activité de chasseur-cueilleur, il les désigne comme un exemple du « chaînon manquant » entre l’Homme et l’animal, et déclare à ce titre qu’ils allaient « bientôt disparaitre ». Cette aventureuse prédiction provoqua l’effervescence des Européens jusque dans les années 1930 qui se pressèrent pour passer commande dans les colonies pour récupérer un maximum d’ossements de ce peuple « mi-homme mi-bête ». Les scientifiques ne se contentaient pas de trouvailles archéologiques mais cautionnaient de véritables chasses à l’homme pour enrichir leur travaux. En plus du pillage des sépultures des autochtones, on les traquait vivants. Le colon britannique chassait l’aborigène – de tous âges – l’abattait, le dépeçait de son squelette, puis l’envoyait contre une somme rondelette à un scientifique de Londres ivre d’impatience.

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L’imagination, bien que mal orientée, offre parfois quelques pistes intéressantes. Les travaux du biologiste – qui avait plus tôt commencé des études théologiques – ont sans conteste enrichi les connaissances sur le monde animal (sélection naturelle, lien évolution-environnement) mais sa plus grande erreur fut d’avoir voulu grossièrement tout accorder. Il a ainsi étendu ses découvertes à l’Homme – balayant d’un coup de main toute la complexité de ce dernier – et offert aux pervers de la question le moyen de se saisir de l’idée pour mieux l’amplifier (coucou Adolf). Darwin, torturé par des questionnements métaphysiques, a fini par créer sa propre doctrine. Devenant ainsi co-responsable du génocide aborigène et d’une multitude de massacres ethniques qui ont suivi. Le nier est une malhonnêteté intellectuelle.

Il ne s’agit pas de faire le procès – injuste et anachronique – d’un homme qui ne partage en rien nos valeurs actuelles, mais juste de pointer des influences culturelles. Charles Darwin est mort en 1882, soit sept ans seulement avant la naissance d’Hitler. Son empreinte est donc toute fraîche. Et l’approche raciste – avant d’être raciale – qu’il employa pour expliquer ce qui l’intriguait tant, manque non seulement d’honneur mais de consistance. Surtout quand on l’oppose aux récits religieux (vieux de 1400 à 5000 ans et plus) bien plus humanistes et qui demeurent en grande majorité cohérents avec la science moderne. L’explication religieuse, ou créationnisme, peut paraître archaïque pour certains, mais n’en demeure pas moins intemporelle car elle fait écho à des valeurs modernes que sont l’égalité et la justice. A contrario, le darwinisme fait une place royale à l’instinct animal, à l’égoïsme strict, au racisme primaire, et demeura bien plus « primitif » que la plus petite fresque des grottes de Lascaux.