Faisons court. Concernant le personnage, je ne suis ni pour ni contre. Il ne me représente pas et m’intéresse artistiquement autant qu’Elie Semoun. Concernant le cirque relatif à la quenelle, L’oeil du BAT fidèle à son habitude vous apporte les nuances indispensables au décor…

Je peux d’ores et déjà vous l’annoncer, l’action conduite par Manuel Valls (et commanditée par le Crif et la Licra) est un coup d’épée dans l’eau, pire, une cargaison offerte à l’ennemi. Dieudonné tirera profit de cette poursuite obsessionnelle comme il le fait depuis son passage chez Fogiel. Il reste, comme nombre de ses confrères (cf Bedos père & fils) critiquable sur de nombreux points, notamment sur l’ambiguïté de son humour ou sur l’influence qu’il peut exercer, mais désigner sa quenelle comme étant : « un salut nazi inversé signifiant la sodomisation de la shoah » est d’un grotesque sans nom. Et il n’aura aucun mal à le prouver. L’État veut annuler sa tournée qui démarre le 9 janvier prochain en lui cherchant des poux jusque dans le caleçon. On s’intéresse à sa déclaration fiscale, à son ancienne productrice, au public qui vient le voir… J’ignore si Dieudonné est réellement antisémite, tout comme j’ignore si Michel Leeb est negrophobe. Son sketch « L’africain » est pourtant sans équivoque, et, même a posteriori, il n’a jamais exprimé le moindre regret. Par contre, ce dont je suis sûr, c’est que le public qui riait à gorges déployées quand Muriel Robin interprétait « Le noir » n’avait pas saisi la subtilité choisie par l’humoriste pour dénoncer le racisme. Une partie de l’assistance se marrait non pas en se disant « Oh qu’ils sont cons ces racistes » mais plutôt « La pauvreQuelle galère! » (sous-entendu : avoir un beau-fils noir est un drame). Donc si l’artiste est responsable du pedigree de son public, les Gerra, Lagaf et autres Sardou, méritent la perpétuité.

Là où Dieudonné se frotte les mains (en plus de l’énorme pub gratos) c’est que cette agitation prouve justement ce qu’il tente de dénoncer dans ses spectacles : un 2 poids 2 mesures implacable. Quand il s’agit de caricaturer le prophète de l’islam sous des traits haineux et mensongers, on crie à la liberté d’expression, faisant mine de ne pas voir l’humiliation voulue par l’auteur. Quand on effleure du bout des lèvres le dogme sioniste, le tank institutionnel déboule avant que les points rouges des snipers associatifs vous collent la varicelle. Cette sensibilité à géométrie variable constitue le ciment (à prise rapide) du sentiment d’injustice.

La quenelle, elle, est utilisée par plusieurs de ses personnages et n’a visiblement aucune notion « antisémite ». Ce chahut n’est que la rage qu’on attribue au chien qu’on a décidé d’abattre.