Jason Kidd a 40 ans et vient d’annoncer sa retraite. Ça y est je me sens vieux

nba-draft-best-draft-picks-jason-kidd-2En 1994 quand il arrive dans la grande ligue, j’ai 12 ans et le virus du basket m’a déjà contaminé. 19 saisons plus tard, Jason Kidd conclut une carrière exceptionnelle et peut s’arrêter sans regret. Roi du triple double (107 en carrière, 3ème all-time) distributeur hors norme (2ème all-time devant Magic) défenseur redoutable (2ème intercepteur all-time devant MJ) le natif de Californie, et ami d’enfance de Gary Payton, est une star depuis le lycée (il signe des autographes dès l’âge de 15 ans). Il entre donc en NBA par la grande porte et malgré les encombrants espoirs placés en lui, ne déçoit personne. Lors de sa première saison il est nommé « Rookie of the Year » (meilleur débutant) en compagnie de Grant Hill (qui a également raccroché il y a quelques jours) et les spécialistes manquent d’adjectifs tant ils sont subjugués par la maturité de son jeu. Il débute avec les Dallas Mavericks et forme avec Jimmy Jackson et Jamal Mashburn, un trio qui terrorise la ligue surnommé « les 3 J ». Une combinaison de 3 talents draftés par le club, parfaitement complémentaires et décomplexés. Tellement décomplexés qu’ils arrivent à se brouiller, et précipitent la fin de leur brillante association…

L’affaire « Toni Braxton » ou l’histoire d’un gros gâchis

jkidd-jj-braxtonPoint de départ de la discorde ? Une sordide histoire de rendez-vous avec Toni Braxton, subtilisé par l’un au détriment de l’autre. Une véritable histoire de gamins. La scène se passe dans un bar de New York. En déplacement à Big Apple avec son équipe pour affronter les Knicks, Kidd avait rendez-vous avec la chanteuse après le match. Mais son coéquipier Jimmy Jackson (apparemment au courant du rencard) le devance en affirmant à la chanteuse que Kidd est fiévreux et qu’il ne sortira pas de l’Hôtel. Toni Braxton (parait-il) n’y voit que du feu, et accepte la proposition du (sympathique) coéquipier qui l’emmène à l’abri des regards indiscrets. Kidd arrive au bar quelques minutes plus tard, attend sagement, puis comprend qu’il s’est fait avoir. Il repart furieux et n’hésite pas à ébruiter l’affaire au sein du club. La direction panique et tente de réconcilier les deux joueurs, mais rien n’y fait. Les rapports entre les deux se dégradent, leur entente sur le terrain en pâtit. Le club réagit et décide d’amputer sans localiser la tumeur. « Les 3 J » éclate, et chacun connait une nouvelle adresse dans les mois qui suivent. Un pur gâchis.

Phoenix-New Jersey-Dallas-NYC : une carrière à la hauteur du phénomène

KiddShoesÀ la différence des 2 autres (qui n’ont jamais retrouvé un niveau comparable à celui de Dallas) Kidd lui, poursuit sa carrière avec brio et pose ses bagages à Phoenix où il partage la mène avec 2 autres meneurs de talent : Kevin Johnson et Steve Nash (cf la vidéo à 2:04). Le premier est une star NBA (finaliste 4 ans plus tôt) le second un espoir tout juste bon à filer les boissons pendant les temps morts (mais deviendra, 6 ans plus tard, double MVP). L’air de l’Arizona réussi à la nouvelle recrue, qui émerveille la ligue avec sa patte altruiste et son sens inné du spectacle. Le numéro 32 floqué dans le dos (en hommage à Magic) Kidd ressuscite la magie que tous pensaient perdue depuis la retraite du séropo’ le plus connu du globe. Des passes venues d’ailleurs qui imposent un replay pour saisir la beauté de chaque caviar. C’est durant ces années 1997-1998 que j’ai eu la chance de le voir en vrai. Lors d’une gigantesque opération de com’ dans la capitale parisienne, Nike avait amené toutes ses stars NBA pour un match d’exhibition à Bercy. On pouvait apercevoir Pippen, Barkley… et Jason Kidd, qui avait déjà fait lever la foule lors de l’échauffement. L’événement fut une réussite (à part l’envahissement du terrain pendant le show des SWV) et reste un épisode mémorable dans ma petite caboche sélective. Pour J-Kidd, deux saisons de plus avec les Suns finissent d’assurer l’affection du public à son égard, mais l’absence de victoire au mois de mai pose problème. Il traverse donc le pays pour avoir une chance de jouer le titre. Après Phoenix et la spontanéité de début de carrière, vient New Jersey et la confirmation de son statut de superstar. Doubles finalistes malheureux en 2002 et 2003 avec les Nets, il décroche finalement le saint Graal en 2011, avec l’uniforme des Mavs, grâce à un retour (réussi) à Dallas 3 ans plus tôt. Avant d’accepter un dernier contrat au sein de Knicks, aussi prometteurs que décevants (as usual) et distiller quelques actions d’éclat en forme d’adieu au Madison Square Garden. Pour la nouvelle génération qui n’a pas conscience de l’envergure du joueur, qu’il sache que Jason Kidd était un vrai meneur atypique. Unanimement respecté par ses pairs. Un dribbleur sobre mais incroyablement doué dans le jeu en transition. Dans le partage du gâteau. Dans le soin des égos. Jason Kidd, c’était la passe et la classe. Une vision du terrain pleine, et forcément inhumaine. Plaisant pour la masse, efficace pour la gagne. Le flow de Magic Johnson sur une prod’ de John Stockton. Voilà ce qu’était Jason Kidd… Salut l’artiste.