Un an que les tueries de Toulouse ont eu lieu, et pour l’occasion chaque crémerie nous livre sa petite analyse. Dernière rédaction a s’être livrée à l’exercice : « Dim + » présentée par la surestimée (mais néanmoins compétente) Anne-Sophie Lapix. Loin de moi l’idée de vouloir incriminer ce programme plus qu’un autre, il fallait un exemple, j’ai donc choisi cette émission que je regarde assez souvent. Cette fois-ci, l’intrigue malhonnête commence dès l’annonce du titre : « Merah, un an après : où va l’islam de France? ». Troublant. Un contexte précis traité par une question globale, limite HS, comme s’il s’agissait d’actions courantes perpétrées ou cautionnées par la communauté elle-même. Alors même qu’on connait sa désapprobation. Soit. Après un « reportage de terrain », conclu devant la porte du CFCM restée close, s’en suit une interview plateau avec l’invité du jour. De qui s’agit-il ? De la porte parole du gouvernement. Pas le ministre de l’Intérieur ou des Affaires sociales (tous deux invités au mois de janvier pour d’autres sujets) Non, la porte parole. Pourquoi s’embêter ? La concernée s’appelle Najat Vallaud-Belkacem, cela serait vraiment idiot de ne pas tenter le diable et refuser cet amalgame qui tend la main au téléspectateur « Najat ? Bah tiens… » (dirait Jean-Guy, électeur frontiste).

MerahDim+


Titre approximatif, interlocuteur discutable, l’équipe de Dim+ n’a pas non plus jugé utile d’éviter les transitions douteuses. À quoi bon. Les nuances entre islam et islamisme, tradition et religion, étant incinérées depuis plusieurs années, ce genre d’indélicatesses ne choque plus personne. D’autant que la journaliste pense poser de vraies questions en lien direct avec le sujet, extrait : « Vous allez déposer un projet de loi contre le mariage forcé, un phénomène qui concerne les familles musulmanes… » NVB l’interrompt pour lui rappeler que « ce n’est pas QUE pour les familles musulmanes » Lapix s’étonne et murmure « Bah quelles autres familles alors… » la porte-parole rétorque que cela peut concerner des familles catholiques et d’autres. Instant gênant, échange hallucinant. Selon la présentatrice, le mariage forcé serait (également) l’apanage des musulmans. Minable. Le plus dérangeant dans le traitement médiatique de cette affaire Merah, et qui motive ce billet, c’est la grille de lecture qu’on nous impose. On sous entend que n’importe quel franco-maghrébin est potentiellement capable de telles massacres, sous prétexte qu’il partagerait plusieurs caractéristiques avec le tueur de Toulouse…

Najat-AnneSophie

 

Je voudrais rappeler un point que tout le monde feint d’oublier, et qui interdit justement tout parallèle. Merah était, avant de devenir le tueur qu’il a été, un cas social aggravé qui grandit dans un environnement chaotique. Entre un père absent, inculpé à l’étranger pour trafic de stupéfiants et un frère tortionnaire amateur de scènes dignes de SAW. Le tout dans une ambiance d’insultes, de coups et d’irrespect total envers la mère. Pour les personnes que l’on veut comparables à Merah, tout ceci n’est pas seulement choquant, mais appartient au domaine de l’inimaginable. Je ne dis pas que ce genre de familles n’existe pas, je dis que c’est une infime minorité, presque une exception. Le fatalisme qui voudrait associer précarité et mauvaise éducation n’est (heureusement) pas une science exacte. Des milliers de familles aux conditions précaires le prouvent chaque jour. 99 % des personnes ayant le même profil « ethnico-social » que Merah (à savoir Français d’origine maghrébine évoluant en banlieue) ne partagent pas la même histoire familiale. Ni de près ni de loin. La plupart, toutes catégories confondues (du délinquant à l’ingénieur) ont grandi dans une cellule familiale épargnée où le respect était une règle d’or. Ceux là sont légion et constituent la masse représentative. Une fratrie nombreuse mais soudée. Un père ouvrier qui se tue à la tâche, qui parle peu mais participe à l’éducation par sa présence et son parcours exemplaire. Une mère courageuse, aimante, dévouée à la cause familiale et qui ne laisse aucun tracas perturber sa progéniture. Voilà l’écrasante majorité. Il semble que la famille Merah n’en faisait (malheureusement) pas partie. Et ceci est, à mon sens, l’élément essentiel de son dramatique cheminement. Je reste persuadé qu’il aurait pu être athée, agnostique, chrétien, juif… et capable de commettre le même type de carnages (coucou Anders). La religion n’a joué aucun rôle dans sa folie, elle lui a juste servi de prétexte. Voilà pourquoi quand on m’interroge sur le personnage, tel un insider concerné par le sujet, ma seule réaction est la suivante : « Merah ? Mais rien à voir ! »