Chaque année la commission du T.O.Y se réunit de manière maçoniquement secrète afin de décerner son prix fétiche : celui de « Thug of the Year » (le « Bandit de l’année »). Grâce à notre taupe latine (Ramirez) qui se trouvait quelque part dans l’auditoire, nous allons découvrir les discours de chaque nominé venus défendre leur cause. À la tribune et dans leur style respectif, chacun exposa ses faits d’armes, ses parrainages ou ses influences, en espérant convaincre l’assistance qu’il mérite d’être l’heureux vainqueur. Une soirée  où secret défense et polichinelle ne font qu’un. Pour notre plus grand plaisir, voici le verbatim du gringo Ramirez…

Maitre de Cérémonie :

« Bonsoir et bienvenue… Nous démarrons sans attendre. Dans la catégorie « Chef d’État » les nominés sont: Bachard el-Assad, Benjamin Netanyahu, Barack Obama, et Vladimir Poutine. Dans cet ordre, vous viendrez tour à tour nous dire quelques mots avant le vote. Messieurs… »

Bachar el-Assad (rictus forcé, démarche hésitante) :

« Vladimir et moi sommes de vieux amis. Solidaires, attentionnés, presque fraternels j’oserais dire. Mais quand l’heure est à la récompense, au partage du butin, comme n’importe quel mortel qui demeure avant tout obsédé par son propre sort, le naturel revient au galop. Quand le combo révolution/répression a démarré dans mon pays, j’ai toujours pu compter sur mon allié russe. C’est vrai, je dois lui rendre hommage. Mais loin de moi l’idée stupide de fabuler en ma défaveur pour sublimer un ami, aussi utile qu’il soit. L’amitié sincère dans le milieu étant aussi rare qu’un député sobre et assidu au Parlement Européen, je n’irais pas jusqu’à me priver de lauriers que je mérite plus que quiconque. Cette année fut riche en record et en hémoglobine, et permit au monde de comprendre pourquoi vous, chers membres de la commission, m’aviez surnommé « Usain Bachar ». Je fais l’histoire tout en gardant le sourire, voilà ma marque de fabrique. Désolé Vladimir, mais aujourd’hui comme l’an dernier, si je décroche les faveurs de la commission, c’est que je le mérite ! (du regard, il cherche un consentement…) Enfin, partant du principe que j’ai tenu bon, qu’il est toujours plus délicat d’être sadique avec son propre peuple, et que dorénavant nul n’est en position de m’imposer une issue qui ne me conviendrait pas, je pense qu’on devrait me laisser le trophée, et m’offrir ainsi l’opportunité d’entrer dans la légende en réalisant le doublé. Respectueusement. »

– Benjamin Netanyahu (excité, démarche pressée) :

« Je suis ravi d’être parmi vous ce soir. On dit souvent de moi que je suis l’héritier refoulé d’Ariel Sharon, glorieux vainqueur en 2005, on oublie qu’il fut avant tout pour moi, un concurrent féroce. Mais mon ami Ariel, que je salue ici, fit une belle carrière, c’est vrai. Je lui souhaite un bon rétablissement et croise les doigts pour que la fin de cycle prédit par les Mayas faisait allusion à sa maladie. En attendant vous l’avez constaté, durant cette année je n’ai pas chômé. Mon style à moi, c’est la double épaisseur, la double dose, depuis tout petit on m’appelle Bibi le boulimique. Après l’attaque sur Gaza, où j’ai tenté de surpasser Sabra et Chatilla, l’adhésion de la Palestine à l’ONU fut l’occasion de réaffirmer avec force mon ambition d’être le prochain détenteur du « Mayor Quimby Trophy ». En implantant dès les jours suivants, 6000 colonies de plus, il me fallait remettre les pendules à l’heure et répondre de manière cinglante au coup, aussi médiatique que stérile, de mes adversaires. À l’ONU, j’ai aussi remis à jour l’arnaque à la pancarte, audacieuse méthode que j’ai emprunté à Colin Powell, et qui fut particulièrement appréciée par les connaisseurs. Connaisseurs dont vous faites partie, messieurs les jurés… (il sourit malicieusement) Pour toutes ces raisons, et parce que le domaine sur lequel je règne est le seul espace de torture à ciel ouvert unanimement toléré sur cette planète, je pense modestement mériter ce trophée. Merci de votre attention. »

Barack Obama (détendu, pointant l’index vers l’auditoire) :

« Les spécialistes me comparent parfois à JFK, qui est le recordman all time avec 4 trophées, vous le savez, j’ai beaucoup d’admiration pour lui. Ces compliments me vont donc droit au cœur. Mais depuis quelques temps, on me compare également avec un autre vainqueur du trophée : le Français Jacques Chirac. Qu’il soit français plait beaucoup à mon épouse mais pour ma part je retiens surtout son triomphe national de 2002. Un coup magistral. Une vraie patte d’artiste. Je profite de cette tribune pour lui rendre hommage. Quand il a fallu me faire réélire en Novembre dernier, Michelle eu la bonne idée de s’en inspirer. La classe à la française sans effusion de sang ni tricherie évidente, c’était géant, cela convenait parfaitement. Romney est donc devenu mon Le Pen à moi. Bush’iste, dangereux, cataclysmique même… aucun adjectif n’était assez effrayant pour le qualifier. Cela m’a permis de le discréditer assez facilement, sans être contraint de devoir faire face à mon bilan… (il sourit modestement) Je sais que la commission aime les actions d’éclats, parfois même les têtes brulées et que mon style s’apparente plutôt au commanditaire planqué au chaud avec un TalkieWalkie. Mais mon influence reste incontournable, c’est l’essentiel. Quand j’éternue à D.C, c’est le monde qui répond « à vos souhaits ». Et même si aucun d’entre eux ne dispose de cash pour me proposer un mouchoir, hormis l’asiatique du coin, je reste le FranchisePlayer de l’assemblée. Merci.

Vladimir Poutine (visage fermé, démarche saccadée) :

« L’année dernière je pensais avoir réuni les conditions nécessaires pour recevoir le prix. Je vous avoue avoir été très déçu (il marque un temps et fixe l’assemblée) La manière dont j’ai géré l’apport de Medvedev n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, si vous doutiez encore de mon incroyable talent à coordonner les carrières de mes confrères comme un manager d’Apple le ferait avec ses ouvriers chinois, je pense qu’aujourd’hui le doute n’est plus permis. Il est vrai que la cruauté dont a fait preuve Bachar a subjugué le monde, et cela a fini par me couper l’herbe sous le pied. Je le reconnais. Mais vous oubliez que la neige recouvre la majeure partie de ma chère patrie, ce n’est donc pas un problème. J’aime évoluer sur ce genre de sol, cela renforce mon pelage de Sibérie. En venant ici, j’espère rencontrer des gens sensés et repartir avec ce qui m’est dû. Je suis le seul lauréat légitime, inutile de débattre. Réélection intacte, affaire Pikalovio… je ne vais pas énumérer ici tous mes faits d’armes, comme d’autres viennent de le faire comme dans un exposé scolaire. Notre temps à tous est précieux, alors je vous rappellerais simplement le joli pied de nez adressé à la guimauve française. Mon style conjugue à merveille brutalité et bonnes manières, qui d’autres peut espérer décrocher la timbale? En espérant vous avoir éclairé (il fixe de nouveau l’assemblée) j’en profite pour réitérer mon appel au Gaulois exilé : Gégé amène tes kilos et tes millions on va te choyer ici… »

Maitre de Cérémonie :

« Merci à tous. Vos interventions ont permis à l’assemblée de délibérer. Ce fut très serré mais la commission a tranché… Le Thug of the Year 2012 dit « Mayor Quimby Trophy » est attribué à… Bachar el-Assad ! Qui parvient donc à faire le doublé. Navré pour les autres, c’est le jeu de la démocratie. N’oubliez pas notre devise : Être un dirigeant respecté par ses homologues, c’est bien. Posséder un T.O.Y qui fait de vous un type craint, c’est mieux ! Rendez-vous en 2013 ! »