La machine est lancée. Un nouveau QG, un nouveau slogan. Le candidat est prêt mais tous les voyants sont au rouge : c’est le président sortant le plus impopulaire de l’histoire de la Ve république et la crise ne ralentit pas au contraire elle s’accentue de jour en jour. Un réel désamour semble s’être immiscé dans sa relation avec le peuple. Le compte y est. Avec tout le recul qu’on peut avoir sur ce quinquennat bien mal rempli, on peut dire – en toute objectivité et sans faire de l’antisarkozisme – que c’est le bilan d’une politique qui a échoué. Plus grave encore, il n’a pas saisi l’opportunité qui lui était donnée de sublimer son parcours. Sarkozy a eu ce que tous les grands comme les pires ont eu avant lui : l’occasion. De Pétain à De Gaulle pendant la guerre, en passant par Chirac en 2003 ou Mendès à l’époque coloniale, les situations de crise dans lesquelles ces dirigeants ont dû naviguer, ont définitivement breveté ou diabolisé leur courant de pensée. D’un point de vue purement politique, Sarkozy s’est trouvé dans une situation semblable. La crise économique fut l’occasion pour lui de magnifier le système qu’il défend. Mais force est de constater qu’il a échoué et plutôt participé à la dégringolade du pays. Il a pourtant bénéficié (et bénéfice toujours) d’une certaine indulgence quant aux idées qu’il propose. Pour preuve, les referendums démagogiques qu’il prépare pour son second mandat, ou encore les nombreux sommets européens à chaque fois annoncé comme la « dernière chance » de relever la zone Euro. Plan de rigueur – qui ne dit pas son nom – pour les pays encore chanceux. Plan suicidaire – qui dit encore moins son nom – pour la Grèce, en attendant l’Irlande ou le Portugal. Le Président n’a pas besoin de sortir de ses frontières pour ressentir qu’il suscite. De nombreux Français sont écœurés par ses différentes facettes. Sarkozy le communautaire. Sarkozy l’avocat. Sarkozy l’homme d’affaire. Trop souvent, son comportement déborde d’indécence et manque cruellement de « bon sens ».

La France forte ou la France sotte ?

Cinq ans en arrière, beaucoup furent charmés par son dynamisme et sa comédie capacité à prendre le problème personnellement. Aujourd’hui, beaucoup se demandent comment ils ont pu être aussi naïfs. Les sondages qui affluent de partout démontrent (avant tout) que les déçus sarkozistes se comptent à la pelle, même chez ses plus fervents supporters. Mais les électeurs « conquis-cocus » qui ont participé à son élection en 2007, se trouvent en position d’être à nouveau les victimes de son plan de reconquête. Car la force de l’homme se trouve ici : mettre les moyens qu’il faut afin de relever le défi. Le problème, c’est que seuls les défis personnels semblent l’intéresser, pas vraiment ceux de l’intérêt général. Si l’animal veut se dégoter un siège, peu importe la table, il finira par l’avoir. Ici, la question de l’extraordinaire motivation nécessaire pour endurer le cocktail « campagne-élections-scrutins-presse » propre à la course présidentielle ne se pose pas. Le candidat Sarkozy version 2012 sera encore plus offensif qu’en 2007. « Quand on a dormi dans la soie, le coton devient du poil à gratter » dixit Ramirez. Ayant connu le trône de l’Élysée, il serait impensable pour lui, contrairement à ce qu’il a vainement tenté de nous faire croire, de l’abandonner aussi facilement en cas de défaite.

Un joueur finalement assez médiocre…

Les bons joueurs savent garder leur contrôle. Miser au bon moment et se coucher quand il faut. Savoir rester humble, pour être agressif le moment venu. Sarkozy, lui ne l’a jamais vraiment assimilé. Malgré les plans de conseillers – aussi nombreux que révélateurs – qui l’orientent en vers différents « changements » comportementales (comme sa drôlissime tentative de faire du Mitterrand) Sarkozy reste Sarkozy : un bébé Pesci allaité au Red Bull. Comme le célèbre acteur, il peut s’emporter en moins d’une seconde. Et comme la célèbre boisson énergisante, il vous excite avant de finir par vous énerver. Dans les deux cas, sa nocivité est clairement ignorée. Pendant son quinquennat, l’enfant de Neuilly a prouvé qui lui manquait la qualité essentielle d’un vrai chef d’État : savoir fédérer. Il avait pourtant les bonnes cartes en mains et ne s’est pas fait prié pour les jouer. Tant à l’Intérieur avec le parti majoritaire à l’Assemblée, qu’à l’Extérieur avec l’autorité du couple franco-allemand (ou dans sa croisade à la tête de l’Otan). Tantôt joueur de Poker avec les Grecs, tantôt joueur de belote avec les anglais, son jeu n’a pas fait mouche. Bien qu’affirmant être capable de pouvoir (un jour) battre les allemands à la bataille, le Président a fini par épuiser le fragile crédit qu’il lui restait. À l’échelle européenne comme nationale, les tentatives avortées pour sortir de la crise ont définitivement donné du mordant aux idées « téméraires » de ses nombreux opposants, Le Pen et Mélenchon en tête, qui diagnostiquent une maladie incurable dans le système européen actuel et recommandent quelques pilules autarciques. Plusieurs économistes apportent de l’eau à leurs moulins en scandant la même prédiction : l’Euro et l’Europe (telle qu’on la connait aujourd’hui) sont amenés à disparaitre. Si pour certains le pronostique est fantaisiste, il ne l’est pas pour plusieurs spéculateurs – dont le métier est justement d’anticiper ce type de revirements – qui ont misé gros sur l’effondrement de l’Euro. Mais face à la houle, le brave Captain Sarkozy, en bon joueur convulsif, pense pouvoir se refaire en criant « All in ! »

… mais qui déteste perdre !

Il le sait, la consistance est une règle d’or. En politique comme dans la vie, on ne peut être bon partout à la fois, mais on se doit d’être performant. Bien qu’il faille choisir entre le sprint ou le marathon, Sarkozy veut les deux médailles. Cette agressivité (et l’état d’esprit qu’il engendre) est sans doute utile quand on veut à court, voir à très court terme, concrétiser certains fantasmes régaliens, mais s’avère inefficace pour inscrire son nom au Panthéon. Ce deuxième mandat qui lui tend les bras ressemblera (dans le fond) comme deux gouttes d’eau au premier. La forme quant à elle, aura à peine changé. Autant de bruit et d’agitation pour le même résultat. Malgré tout cela, je vois difficilement quelqu’un d’autre remporter l’élection présidentielle. Le paysage politique français est une toile sarkoziste depuis maintenant dix ans. La seule surprise qui peut surgir ne viendra pas de son « pseudo rival » étiqueté PS, mais d’un autre François (qu’on appela à sa belle époque « le 3e homme« ) : François Bayrou. Encore faut-il que le Béarnais qui n’en est pas à sa première tentative réussisse ce qu’aucun centriste n’a réussi depuis Giscard. La fatale bipolarisation des partis – qui s’épanouit à merveille dans cette élection à deux tours – réduit considérablement ses chances. Si surprise il y a, elle sera de couleur orange. Ce scénario écarté, je mise sur une réélection du Président Sarkozy.

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