En voyant Lionel Messi remporter son troisième Ballon d’Or, je me suis souvenu d’une anecdote concernant un autre Ballon d’Or, celui de 1995. À ce jour, le seul Africain à avoir décroché la récompense  européenne (ethnocentrée) tant convoitée. Il s’agit de Mister George, vous l’avez compris. L’anecdote en question, chaque tremblaysien avoisinant la dizaine d’années au moment des faits s’en souvient encore : Weah himself est venu taper la balle avec nous. Là, en bas de la maison, au milieu du quartier. C’était en 1994, un an avant que le natif du Liberia ne parte en Italie rejoindre la machine de guerre milanaise. Il était à l’époque l’une des stars du championnat français. L’équipe parisienne flirtait chaque saison avec le haut du tableau tout en affichant de réelles ambitions européennes. Bref c’était la grande classe, et sans le chéquier qatari. Weah passait en fait par Tremblay parce qu’il rendait visite à un oncle qui habitait la cité. Ce qui expliquait sa surprenante présence dans le secteur. Habituellement, c’est attablé au carré VIP du Duplex qu’on pouvait apercevoir un joueur de ce calibre, pas sur un terrain en dur en Seine St Denis. Ce jour là, the place to be c’était ici à Tremblay-en-France…

Comme chaque dimanche, le terrain (dit « le playground » dit « le plateau ») était plein à craquer. Et comme au Proche-Orient, chaque parcelle de terrain faisait l’objet d’âpres négociations. Basketteurs et footballeurs étant tous deux irrités de devoir partager le même bitume. La réparation territoriale n’avait pas encore été décidée lorsqu’un gros Mercedes cl 500 se gara près du terrain. Arrêt sur image. Tous les regards se braquèrent sur l’engin. Bouche ouverte, bras ballants, l’un de nous se ressaisit et lança « C’est Weah ! C’est son Merco j’le reconnais ! » Le gamin disait vrai. À cette époque la ville organisait des sorties « Camps des Loges » où l’on pouvait assister aux entrainements de l’équipe parisienne, et la proximité des lieux faisait qu’on voyait les joueurs au volant de leurs bolides entrer et sortir du stade. Il ne mit donc pas longtemps avant de nous convaincre qu’il s’agissait bien de l’attaquant du PSG. De plus, une étrange rumeur sur sa venue courait déjà depuis quelques jours. On racontait qu’il était passé près du terrain à bord de son paquebot allemand (toujours ce détail qui marque), et qu’il s’était renseigné sur la tenue de match de… basket ! Inutile de préciser que tous étaient sceptiques. Mais là, plus aucun doute. Tout était bien réel. Accompagné d’un mastodonte qui dépassait aisément la centaine de kilos, George Weah avait tenu parole. Habillé en « Air Jordan » de la tête aux pieds, il joua une petite heure avec les plus anciens, serra quelques mains, puis retournera vers son vaisseau roulant. Laissant au passage la quasi totalité de ses vêtements (t-shirt, maillot, casquette) à la foule de kids surexcités qui l’entourait. La classe. Du début à la fin, sans l’ombre d’une fausse note.

Vous connaissez beaucoup de sportifs de classe mondiale qui se risquerait à jouer un match amateur, sans filet, comme ça juste pour le plaisir ? Au vu de son actualité et de la manière dont il se battait sur le terrain, nul doute que l’homme est courageux. C’est sans doute l’une des plus belles anecdotes que cette ville ait connue. So thanks Mister George.

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