Un jour en discutant avec un pote, il me lâche : « Get married or die tryin! » (reprenant le célèbre opus de 50 cent). Un éclat de rire plus tard, ce bon jeu de mot venait conclure une question qu’on venait tout juste d’aborder : le mariage. À peine le temps d’échanger des banalités rhétoriques que la discussion s’est avortée. Le téléphone de l’un s’est mis à sonner, et l’autre, garé en double file, commençait vraiment à gêner. En retournant vers ma voiture (oui c’était moi le boulet) la boutade me faisait encore rire. Et surtout, le thème m’était resté dans la tête. Le pote en question venait de se marier, les étoiles dans ses yeux en témoignaient. Littéralement gonflé à bloc, il semblait impatient d’affronter son destin. Heureux comme un enfant le jour de la rentrée, baigné de positivisme et archi-prêt pour de nouvelles aventures. Tandis que moi, j’étais là. Encore et toujours perplexe et versatile. Comme une ado’ désabusée qui sèche les cours et perd son temps au centre commercial à la recherche de la couleur idéale pour sa housse Hello Kitty« Le diable est dans les détails » dit le dicton. Diable que c’est vrai.

*Vous n’êtes pas payés pour penser. Un travailleur stupide est un travailleur heureux ! Tais-toi et fais ton job !

On trouve toujours quelque chose qui semble prioritaire face au mariage. Une situation professionnelle (souvent), la peur de l’inconnu ou une volonté non avouée de rester célibataire (presque toujours). La vérité, c’est que rien ni personne ne peut remplacer l’apport de cette étape dans une vie. Non, pas même le boulot, chers frères et sœurs formicidés, qui représente qu’on le veuille ou non, l’élément le plus chronophage de notre vie. On tente, tant bien que mal, de dissoudre cette frustration dans l’océan castrateur qu’est le monde du travail (et dans lequel chacun se noie) mais dans le fond, cela n’apporte rien. Car peu importe le fébrile radeau ou le luxueux paquebot sur lequel on navigue, si à terre, personne ne s’impatiente en scrutant l’horizon, la traversée peut durer. Elle devient même un échappatoire et à terme un plaisir (coucou Stockholm). Malgré le fait que la première fonction du travail pour 90% de la population est de « pouvoir manger », cela finit tragiquement par devenir la seule et unique source d’épanouissement. Lourde erreur. Aucun membre de cet équipage (à moins que le couple n’en fasse partie) ne nous aidera à réaliser ce qu’il y a de plus précieux dans une existence. Aucun de ces collègues ne sera présent à notre chevet lors de notre dernier souffle. Aucun d’entre eux ne portera une attention, un amour proche de celui de nos parents, sans nous rendre redevable la seconde d’après. Personne, sauf elle ou lui. Certains pensent que c’est la maturité qui amène au mariage et non l’inverse. Je ne le pense pas. « C’est en forgeant que l’on devient forgeron ». Partant du principe qu’il s’agit d’un engagement réservé aux adultes, le mariage nous rend, par définition, adulte. Sous-estimé et de plus en plus méprisé, cet acte est, selon moi, la pierre angulaire d’une construction mature. Comme la puberté nous sort de l’enfance, le mariage nous sort de l’adolescence. Sans lui, on ne devient adulte que par les mauvais côtés de la vie. Et, à moins d’avoir la grandeur d’âme pour recycler cette solitude en action louable, le célibat prolongé s’avère forcément nocif.