« Maroc : Victoire des islamistes ! » Voilà comment les différents titres de presse français ont décrit la victoire du PJD aux élections législatives marocaines. Comme en Tunisie, quelques semaines plus tôt pour la victoire du parti Ennahdha, la presse internationale regrettait parlait d’une victoire islamiste. Une question me brûle les lèvres « Quelles sont les critères pour attribuer à quelqu’un ou à quelque chose l’adjectif islamiste ? » Ces deux partis (respectables) ne sont à l’origine d’aucun acte terroriste, d’aucun discours haineux ou extrémiste. Cela n’a pas empêché la presse occidentale de les labelliser « islamistes » dès leurs premières sorties médiatiques. Les appeler par leurs noms ou « Partis musulmans » c’était pas suffisant ? Tout le monde conviendra que le mot « islamiste » est en réalité, dans l’utilisation quotidienne qu’on en fait, une contraction des mots « islam » et « intégriste » et/ou « terroriste » (dans le pire des cas… Ce n’est pas officiellement le cas, c’est en fait beaucoup plus vicieux que ça.

Rapide, facile, et indigeste : le mot fast-food par excellence

Ainsi, quand on se dit que l’appellation est peut être un poil exagérée, on ajoute « modéré » pour enrober le tout. Au Maroc, ce sont les « islamistes modérés » qui ont gagné. Cela ajoute encore un peu de mystère à un terme qui n’en manquait vraiment pas. Que veut dire « islamistes modérés » ? Ce sont des terroristes light ? Qui posent de toutes petites bombes ? Ou qui sont encore en stage ou en formation ? J’ai du mal à comprendre. L’autre définition, plus politiquement correct, est de considérer « islamiste » toute action qui couplerait islam et politique. Nous orientant vers une potentielle catastrophe quand ce genre d’ambition est décrété. Étrangement, les avis sont tout de suite moins alarmistes quand il s’agit d’autres confessions. Pourquoi est-ce si difficile d’imaginer un parti reconnaissant des valeurs religieuses (en l’occurrence musulmanes) sans le spectre de l’organisation liberticide et dangereuse ? Le terrorisme et/ou l’extrémisme serait le monopole des musulmans ?

Partout en Europe, il existe plus d’une centaine de partis chrétiens avec leurs lots de groupuscules intolérants. Chez nous, en France, Christine Boutin, ancienne ministre et de nouveau candidate aux présidentielles, n’a aucun mal à s’afficher sous la franchise « Chrétien Démocrate » sans qu’on ne la taxe d’extrémiste. Elle est reçue en grande pompe au Grand Journal, où elle donne l’image d’une mère à l’ancienne, un peu vieillot mais bienveillante, plutôt que d’une illuminée du Christ (ce qu’elle semble être). Je vous vois venir avec vos gros sabots « Oui mais les chrétiens ne font pas d’attentats tandis que les musulmans… donc normal que l’amalgame existe pour vous ». Ce raisonnement (bien que très courant) est totalement faux, mais s’explique assez facilement. Les attentats terroristes chrétiens existent (sans parler des affrontements fratricides comme en Irlande du Nord) simplement ils ne « bénéficient » pas de la même couverture médiatique (coucou Anders). Les attentats du WTC sont passés par là. On peut aisément constater que depuis ces évènements, on a affublé le musulman vivant en occident de toutes sorte de mots finissant en « iste » (terroriste, extrémiste, intégriste) sans qu’aucune raison, en tout cas nationale, ne vienne les confirmer. On peut le voir dans cette étude (ici), le danger de la France n’a jamais été la menace dite « islamiste » : 294 attentats recensés en Europe en 2009, 1 seul attribué au terrorisme islamiste. Cela fait 0,3%.

« L’enfer, c’est les autres… »

Pour ma part, l’exemple le plus frappant de ce contraste reste le traitement réservé à W. Bush. Voilà un homme qui, pendant son double mandat de Président, avouait entretenir une relation « privilégiée » avec le Christ, n’avait semble t-il choqué personne lorsqu’il se déclarait investi d’une « mission ». On connaît la suite. Une guerre arbitraire basée sur des mensonges faisant plus d’un demi-million de victimes et une retraite au Texas dans son ranch en toute quiétude. Ni tribunal, ni sentence internationale. Rien. Pas même un petit qualificatif universel pour les énergumènes de son genre, et qui s’imposerait à tous ceux et qui partagerait son culte de près ou de loin, comme c’est le cas avec les musulmans. Depuis le 11/09, n’importe quel musulman ayant une barbe un poil trop long est immédiatement traité d’islamiste et/ou de terroriste.

Si en Egypte, en Tunisie, au Maroc et dans tout le monde arabe, la démocratie s’empare des urnes, le monde devrait réellement s’en réjouir sans tentation d’ingérence. Si les partis dit « musulmans » ou « conservateurs » (pas islamistes, merci) occupent la scène politique et remplissent les Assemblées, cela ne devrait poser aucun problème à l’Occident. Ces mêmes peuples n’ont jamais eu l’impolitesse ou l’arrogance d’invectiver l’Europe d’avoir autant de partis religieux en son sein. Et ce sont, qu’on le veuille ou non, nos partenaires de demain.