Aux États-Unis, le championnat NBA n’a toujours pas repris. La faute à la grève, au Lock out. En cause, la répartition des (très gros) revenus de la machine dirigée par David Stern. La partie de poker entre le syndicat des joueurs et leur patron (les propriétaires de clubs) dure depuis trois mois, et semble s’éterniser. Ce gel d’activité – procédé assez familier chez nous mais pas outre Atlantique – peut surprendre au vue de la bonne santé financière de chacun. Il n’est pourtant pas sans précédent. En 1998 déjà, au moment de négocier l’accord qui vient de prendre fin, les deux parties n’avaient pas réussi à s’entendre. Conséquence : le premier Lock out de l’histoire fut décrété. La grève dura cinq mois avant qu’un deal ne soit enfin signé (deal qui octroyait 57% des revenus aux joueurs). Puis un calendrier fut préparé à la hâte pour qu’un championnat amputé de 60% de ses matches puisse démarrer le 5 février 1999. Depuis, les choses étaient rentrées dans l’ordre. Une décennie plus tard, le bilan ne manque pas d’éclat. La League présente sur les cinq continents, et comptant plus de 30 nationalités différentes au sein des joueurs, est un modèle de gestion tous sports confondus. Les raisons de se réjouir sont nombreuses : un chiffre d’affaires de plusieurs milliards de dollars, des saisons très disputées, un marchandising en constante hausse et des audiences TV au top… Les basketteurs, acteurs principaux, n’en sont pas moins heureux : ils sont les premiers à se servir dans le sac à bonbon. Et deviennent riches, très riches. Trop riches même pour certains propriétaires. À l’heure de ces lignes, le salaire moyen d’un joueur NBA est de 5 millions de dollars par an. Le smic fixé par la ligue est à $497 000 et le maximum autorisé autour de 25 millions. À cela, il faut ajouter les très nombreux contrats publicitaires, individuels ou collectifs, qui viennent parfois doubler le revenu des plus populaires d’entre eux.

En voyant ces sommes, vous imaginez sans doute un club de gagnants de l’Euro Millions (every year) sabrant le champagne tous les soirs, ne sachant que faire de leurs portefeuilles si rapidement garnis. Vous n’avez pas totalement tort. Sauf que… Assez souvent, j’entends dire que les sportifs gagnent beaucoup trop d’argent. Que c’est une honte d’être payé autant pour courir derrière un ballon « et les pauvres gens qui crèvent de faim, et moi mon crédit et et… »  Ok mais cette argent n’est pas le fruit du hasard, ni du racket ou de l’escroquerie. Ces gros salaires sont le fruit de leur travail, et il se trouve que leur travail rapporte gros. Ce sont les parts qu’ils méritent dans un immense gâteau dont ils sont les seuls ingrédients. Certains montants astronomiques frôlent parfois l’indécence mais n’en demeurent pas moins cohérents, car comme dans n’importe quel autre métier : si l’on participe à une société qui génère beaucoup d’argent, il est normal que l’on touche beaucoup en retour. Tout le monde s’accorde pour le dire. Alors pourquoi ce raisonnement ne s’appliquerait pas au sport ? Serait-ce un relan de jalousie des flémards du dimanche matin qui semble constituer 80% de la masse ? Pourquoi ne dit-on pas à Lady Gaga, à Johnny ou à n’importe quel autre « artiste » millionnaire, la honte qu’il devrait ressentir à toucher autant d’argent pour se trémousser derrière un micro ? Que dire des actionnaires en bourse, planqués derrière leur anonymat, qui s’enrichissent à coup de faillites d’entreprises et de plans sociaux. Sans aucun talent. Si ce n’est celui d’un vautour qui plane en cercle en attendant que la bête blessée finisse par s’écrouler. Les richesses scandaleuses sont là ! Certainement pas dans les stades.

Les sportifs professionnels ont consacré leur vie, leur jeunesse à leur passion. À la longue, ce n’est plus une passion mais une obligation, une cause de stress, un véritable job. On est loin de l’arnaque. La plupart d’entre eux sont même très généreux et n’oublient pas leurs racines. Dons, écoles, dispensaires… Certains n’ont pas la main lourde. Et surtout, rappelez vous que s’il existe un businesman ou un homme assez fou pour leur filer autant d’argent c’est qu’il en ramasse beaucoup plus derrière. Le bénévolat est rare, surtout au pays de l’oncle Sam.