Dimanche soir, je tombe sur une rediff’ de Touche pas à mon poste. Comme souvent, à part les envolées verbales (surjouées) de la caillera des beaux quartiers, Enora Malagré et l’oeil médiamétrique (mais utile) façon Burns de Thierry Moreau, j’ai passé un bon moment. Tellement, que j’ai presque aimé l’invité du jour : Jean-Marc Morandini. Heureusement pour moi, ma lucidité m’a rattrapé. Ce type m’a toujours fait penser à un Simpson. Pas seulement parce que je suis dingue de cette série et que je tente d’identifier chaque personnage à quelqu’un de mon entourage (je vais très bien, ne vous en faites pas) mais surtout parce que son apparence s’y prête ! – Ouais c’est pas bien d’attaquer le physique mais lui ne se refuse jamais une blague graveleuse sur celui des autres alors il mérite une petite part de tarte – Avec ses yeux ronds, son air niais et sa bonhommie, c’est clairement le Simpson du PAF (pour les plus experts d’entre vous, j’ajouterai que c’est le mix parfait entre Lionel Hutz et le vendeur de BD, sous tous les angles regardez bien). Plus sérieusement, ce qui me chiffonne chez lui, c’est son opportunisme trop décomplexé. On titille les journalistes qui fréquentent le monde politique dans leur vie privée, sous prétexte (parfois légitime), d’entretenir un conflit d’intérêts… Mais qu’en est-il des conflits d’idioties au sein d’une carrière ?

Que dire d’un journaliste qui fait le grand écart entre des programmes plus incompatibles les uns que les autres. S’autorisant un mélange des genres qui ferait pâlir de honte un cardiologue actionnaire chez Phillip Morris. Notre ami J2M est de ceux là. Lui qui gère deux fois par mois une drôle d’équation : présenter à la fois le bijoux de frivolité qui porte son nom, et depuis peu, un magazine dédié aux affaires criminelles et sanguinaires au nom si original : « Présumé innocent ». J’imagine aisément ce qu’il l’a motivé, il pense sans doute se racheter une crédibilité auprès des téléspectateurs (pas du milieu, il s’en moque) mais ce n’est pas aussi simple. Il ne s’agit pas là de critiquer la qualité des dits programmes (quoique), mais plutôt l’incohérence grotesque d’avoir le même présentateur. S’agissant du show people qu’il anime quotidiennement, sa remarquable expérience plaide en sa faveur. Pas de soucis, le casting est parfait. Par contre, pour « Présumé Innocent », on frôle l’humour noire. C’est mignon de vouloir surfer sur le succès d’un concurrent, mais encore faut-il en être à la hauteur. Debout, en extérieur, Morandini est incroyablement raide et nerveux pendant ses lancements (toujours étonnant pour quelqu’un d’aussi expérimenté), il fait très superficiel (un atout pour son autre casquette) et ne donne pas envie que l’on se plonge dans ses histoires. Sans parler de l’image légère qui lui colle à la peau, et qui empêche le téléspectateur que je suis de rester concentré, surtout quand il prend un air grave. Ce programme reste une très sale copie du cultissime « Faites entrer l’accusé », je n’ai cependant aucun mal à comprendre son existence. Cela occupe sans doute un créneau rentable, mais pourquoi diable vouloir le présenter ?

Comment peut-on être en même temps le Pape des groupies et le narrateur d’histoires tragiques ? Ce n’est pas une question de compétences mais d’harmonie. Vous imaginez Bernard Pivot dans Secret Story ? Ou Cauet présentant le JT ? Il y a des idées qu’il faut garder pour soi… ou en l’occurrence les laisser à d’autres. Qu’il produise tout et son contraire, à travers son rôle de producteur n’est pas dérangeant. Qu’il contribue à une banalisation de l’imposture (en starifiant ces vedettes de télé-réalité) tout en jouant parallèlement les Christophe Hondelatte du pauvre (réduisant ainsi chaque jour un peu plus la limite entre le spectacle et le morbide) me dérange beaucoup plus. Tout ça, de surcroît, chez le même crémier à quelques heures d’intervalle. C’est ainsi qu’un lundi, jour de diffusion des deux chef-d’œuvres, le petit Jeremy, avide de gloire et déçu de ne pas avoir été retenu pour la dernière Star Ac‘, aura la révélation tant attendue. Après avoir suivi religieusement « La Messe du Buzz » de 18h, il retrouvera son présentateur favori quelques heures plus tard sans avoir besoin de toucher à sa télécommande. Ce dernier aura reprit l’antenne en prime-time pour « Présumé Innocent », et là bingo… Jeremy trouvera enfin le moyen de devenir célèbre. Merci Jean-Marc.