« Papa, veux être terroriste quand j’serai grand ! »
« T’arriveras jamais avec tes cheveux rêches, c’est le type caucasien qui fait fureur aujourd’hui. »

Dans la presse, une expression très agaçante revient trop souvent pour décrire celui qui a abattu froidement 77 personnes et fait 151 blessés : « Tueur au visage angélique ». Il suffirait donc d’être blond aux yeux bleus pour ressembler à un ange ? Je demande parce que physiquement, c’est indéniable, je suis plus proche de Ben Laden que d’Anders Breivik, ça voudrait dire que je suis un démon repenti ? J’aimerais également comprendre pourquoi dans ses différents portraits, sa prétendue folie et son amour pour le jeu vidéo World Of Warcraft passent avant son intégrisme religieux et sa passion pour le nazisme ? Cet homme prépare un attentat depuis (au moins) 3 ans, écrit un bouquin de 1500 pages pour le justifier, et on est encore frigide avec le mot terroriste ? Son allure de gendre idéal lui gracie donc l’appellation « terroriste ». Est-ce qu’on présentait Oussama Ben Laden, pour garder le même exemple, comme un architecte timide et addict au Coca ? (ce qu’il était également) ; je n’en ai pas le souvenir. Ce type d’informations n’étaient sans doute pas utiles pour sa présentation au grand public, alors pourquoi l’avoir fait pour Anders Breivik ? Pourquoi ne pas avoir employé le champ lexical approprié pour une telle tuerie ? Chercherait-on à enjoliver le personnage ?

Ce privilège sémantique est scandaleux. D’autant que le traitement dont il bénéficie en Norvège depuis son arrestation (avec la certitude de sa culpabilité) ressemble à une colo’ de vacances face aux détenus de Guantanamo pour la plupart étrangers au 11/09 qui eux croupissent depuis dix ans dans une base militaire. L’injustice est de taille. Montesquieu disait « L’équité naturelle demande que le degré de preuve soit proportionné à la grandeur de l’accusation. » Nous y sommes loin. Je conçois que ce skinhead chevelu évoque chez certains une fresque de Léonard De Vinci, mais pour ma part, il me fait d’abord penser à un nazi.